Une guerre plus respectueuse de l’environnement, c’est possible et même souhaitable. C’est en tout cas ce que pense le professeur et chercheur Michel A. Bouchard.
«L’environnement ne peut pas être la préoccupation principale quand des vies humaines sont en danger, mais après les conflits, c’est sur l’environnement et ses ressources que devra se fonder la reconstruction et la paix, d’où l’importance de préserver l’eau, la biodiversité, la forêt, les espaces agricoles», déclare Michel A. Bouchard.
Professeur à l’Université de Montréal et chercheur au McGill-UNEP Center in environmental assessment, M. Bouchard vient d’être mandaté par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), qui veut étudier les impacts écologiques du conflit en République démocratique du Congo.
Pendant plus d’un an, il coordonnera une équipe d’une vingtaine de personnes, dont une partie sera déployée au Kivu. Il s’agit de la principale zone de combats dans l’est de la RDC, là où les soldats congolais et les forces rwandaises traquent les rebelles hutus rwandais, souvent au détriment de
l’environnement.
Gorilles en danger
En temps de guerre, les forêts des zones protégées peuvent en effet servir de refuge aux forces armées ou aux populations déplacées. Or, lorsque la concentration de population est trop grande, la déforestation et la chasse aux animaux (gorilles, gibier…) pour se ravitailler mettent en péril l’écosystème. Les 700 derniers gorilles des montagnes du Congo pourraient ainsi en faire les frais. «Après un conflit, on peut facilement reconstruire un bâtiment, mais c’est beaucoup plus compliqué pour une nappe d’eau souterraine contaminée, une espèce décimée ou une forêt qui a disparu», indique Michel Bouchard.
À ce sujet, chaque guerre entraîne des problèmes environnementaux qui lui sont propres. Ainsi, quand les belligérants utilisent de l’armement moderne, on peut se retrouver avec une pollution au phosphore (guerre du Liban) ou à l’uranium appauvri (guerre des Balkans).
Médaille verte aux Suédois
Dans les conflits qui touchent les pays moins avancés, les atteintes à l’environnement se situent plutôt sur le plan du pillage des ressources naturelles, de la déforestation, des déplacements massifs de populations dans des zones inadéquates ou de disparition des organismes de contrôle environnemental.
Malgré tout, M. Bouchard est optimiste. «Les forces armées se disciplinent de plus en plus. Pas en ce qui concerne les combats, mais en ce qui à trait à la gestion des camps, où la question des déchets, du traitement des eaux usées ou de la pollution des sols est prise en compte». D’après le chercheur, c’est l’armée suédoise qui remporte la médaille. «Pour éviter les bouteilles d’eau en plastique, ils utilisent des camelback [sac gourde]!»



