.

x

AbitibiBowater: la farce grotesque continue


Publié: 09 septembre 2010 00:00
Mis à jour: 08 septembre 2010 12:00
                  Taille du texte
Août 2010, la papetière AbitibiBowater ferme ses usines de Gatineau et Dolbeau sans informer les autorités locales, les travailleurs et la ministre libérale Nathalie Normandeau. «En me basant sur les expériences que j’ai vécues, toutes les papetières se sont comportées de cette façon-là. On a appris la nouvelle quelques heures avant et la décision était effective», a affirmé la ministre (La Presse, 27 août 2010). Puis, elle a ajouté : «La loi actuelle ne me permet pas comme ministre des Ressources naturelles de leur retirer leurs droits d’approvisionnement.»

Pourtant, en 2007, le gouvernement du Québec pouvait légalement retirer les droits de coupe à AbitibiBowater, car le regretté Claude Béchard l’avait menacé de lui retirer toutes ses attributions de bois dans les forêts publiques (Journal de Montréal, 1er décembre 2007). Bizarre que la ministre Normandeau nous dit, moins de trois ans plus tard, que la loi ne le lui permet pas. Madame, faut pas feindre d’être en colère face à ces nouvelles fermetures d’usines. Si les fermetures sauvages ont toujours été la marque de commerce des papetières dans le passé, comme elle l’a si bien souligné, pourquoi alors le gouvernement du Québec n’a-t-il pas cru impératif d’adopter des lois en conséquence? Pourquoi les droits de coupe de la compagnie et ses barrages hydro-électriques n’ont-ils pas été nationalisés, comme l’a fait récemment Terre-Neuve et Labrador à la suite de la fermeture par AbitibiBowater (la même compagnie) d’une usine de papier dans cette province mettant à pieds 800 travailleurs? (Le Devoir, 17 décembre 2008)

Pour revenir à 2007, AbitibiBowater avait pourtant fait la même chose en fermant sauvagement une autre usine, cette fois celle de Shawinigan, et en flushant 900 travailleurs de plus. Voici le titre des articles de journaux de décembre 2007 : «Québec demande des comptes : AbitibiBowater devra se justifier pour obtenir des droits de coupe» (Le Devoir, 1er décembre 2007) et «Québec hausse le ton envers AbitibiBowater» (La Presse, 1er décembre 2007).

AbitibiBowater n’a rendu aucun compte, a passé «GO» et a continué de recevoir ses droits de coupe du gouvernement complaisant de Jean Charest comme si de rien était. Pour la petite histoire, celui qui défendait bec et ongles l’entreprise était Pierre Choquette, son nouveau responsable des relations publiques, qui était autrefois l’attaché de presse de l’ex-ministre Claude Béchard, tel que rapporté dans l’article du Journal de Montréal du 8 décembre 2007 intitulé «L’injure à la blessure».

En 2010, ce même gouvernement avait demandé des «explications» à Shell lors de la fermeture de sa raffinerie à Montréal-Est (Le Devoir, 14 juin 2010). Les dirigeants de la transnationale Shell à Londres n’ont naturellement fourni aucune explication. Tiens, encore un numéro de vaudeville de la part des libéraux, cette fois en 2005 lors de la fermeture sauvage (encore une autre) de l’usine de New Richmond en Gaspésie par la forestière Smurfit-Stone : «Fermeture : le gouvernement Charest reproche à Smurfit-Stone de ne pas l’avoir prévenu [encore une fois] de la fermeture de son usine gaspésienne.» (Journal de Montréal, 6 août 2005). Et Nathalie Normandeau de répondre : «Je l’ai appris la veille, en soirée. J’ai été complètement estomaquée. Je n’y croyais pas.»

Elle a exprimé déception, frustration et colère de ne pas avoir été informée, dit-on dans l’article. La ministre Normandeau avait demandé à rencontrer «d’urgence» les dirigeants de Smurfit-Stone, ce qui fut impossible car ces derniers avaient déjà des rencontres plus importantes de prévues à leur agenda. La politicienne a pu toutefois rencontrer leurs «juniors». Entre subalternes…

La colère des libéraux du Québec n’a toutefois pas duré bien longtemps envers les papetières comme le laisse voir le titre de cet article du Journal de Montréal du 18 juillet 2007 : «Bureaucratie: Faciliter la tâche aux forestières», c’est-à-dire moins de règlements, moins d’entraves, moins de tracasseries administratives et donc plus de libertés accordées aux forestières dont celle de fermer leurs usines quand bon leur semble sans informer personne. Faut dire qu’en 2005, le gouvernement libéral du Québec les avait sévèrement punies en leur versant une aide de «seulement» 450 M$ (La Presse, 17 octobre 2005) et Harper les a semoncé durement en leur allouant un ridicule milliard en fonds publics en 2009 (Le Devoir, 18 juin 2009) et un autre petit 100 M$ de rien du tout en 2010 afin de les aider à innover (Le Devoir, 3 août 2010). Recevoir si peu d’argent des contribuables, incluant de leurs propres travailleurs licenciés, est presque insultant pour ces assistés sociaux corporatifs de luxe. Faut aussi ajouter que la forêt publique était déficitaire de 118 M$ en 2008, Québec versant aux papetières 351 M$ et encaissant 233 M$ en impôts et redevances de l’industrie des pâtes et papiers (La Presse, 21 février 2007).

L’histoire se répète continuellement. Les politiciens grimpent dans les rideaux et font théâtralement une grosse colère qui dure le temps d’une rose face aux compagnies… Ils sont toutefois plus durs face aux travailleurs de l’État, aux syndicats, aux écologistes et à la population. On simule la crisette sans légiférer et après les élus disent s’en remettre à l’éthique, à la collaboration et à la responsabilité sociale des pétrolières, des minières, des banques, des pharmaceutiques, etc. et à l’autorégulation du libre marché. Triste à constater si vous voulez mon opinion.

En terminant, et ce, malgré nos divergences d’opinions, je voudrais dire que je suis consterné par la triste nouvelle du décès de Claude Béchard à l’âge de 41 ans. Je voudrais également offrir mes sympathies les plus sincères à toute sa famille et aussi ajouter que même si nous ne partagions pas la même allégeance politique, je n’ai jamais douté de la sincérité la plus profonde de l’homme à servir la population.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.


Qu'en pensez-vous?  

_

Les commentaires ne sont pas révisés avant leur publication. Si vous croyez qu¹un commentaire ne respecte pas les directives, veuillez alerter un modérateur avec le lien prévu à cet effet.


L I E N S   P U B L I C I T A I R E S
L I E N S   P A R T E N A I R E S
x
L I E N S   P A R T E N A I R E S
Ce vendredi soir @ Montréal
Ce vendredi soir @ Montréal
Vendredi 9 février 2012 - Sam Roberts Band est au Métropolis à 20 heures, montrealmetropolis.ca Le soul man Charles Bradley & his Extraodinaires...
Perte de temps d'après-midi
Perte de temps d'après-midi
Un(e) mannequin défile en bikini / i-n-c-r-o-y-a-b-l-e Elle attendrait des jumeaux comme Angelina Jolie / … Continuer la lecture →
si j'etais seropositif
si j'etais seropositif
si j'étais séropositif
Club La Maison Blanche
Club La Maison Blanche
Weekend de Party
x