Août 2010, la papetière
AbitibiBowater ferme ses usines de Gatineau et Dolbeau sans informer les
autorités locales, les travailleurs et la ministre libérale Nathalie
Normandeau. «En me basant sur les expériences que j’ai vécues, toutes les
papetières se sont comportées de cette façon-là. On a appris la nouvelle
quelques heures avant et la décision était effective», a affirmé la ministre (La
Presse, 27 août 2010). Puis, elle a ajouté : «La loi actuelle ne me
permet pas comme ministre des Ressources naturelles de leur retirer leurs
droits d’approvisionnement.»
Pourtant, en 2007, le gouvernement du Québec
pouvait légalement retirer les droits de coupe à AbitibiBowater, car le
regretté Claude Béchard l’avait menacé de lui retirer toutes ses attributions
de bois dans les forêts publiques (Journal de Montréal, 1er
décembre 2007). Bizarre que la ministre Normandeau nous dit, moins de trois ans
plus tard, que la loi ne le lui permet pas. Madame, faut pas feindre d’être en
colère face à ces nouvelles fermetures d’usines. Si les fermetures sauvages ont
toujours été la marque de commerce des papetières dans le passé, comme elle l’a
si bien souligné, pourquoi alors le gouvernement du Québec n’a-t-il pas cru
impératif d’adopter des lois en conséquence? Pourquoi les droits de coupe de la
compagnie et ses barrages hydro-électriques n’ont-ils pas été nationalisés,
comme l’a fait récemment Terre-Neuve et Labrador à la suite de la fermeture par
AbitibiBowater (la même compagnie) d’une usine de papier dans cette province
mettant à pieds 800 travailleurs? (Le
Devoir, 17 décembre 2008)
Pour revenir à 2007,
AbitibiBowater avait pourtant fait la même chose en fermant sauvagement une
autre usine, cette fois celle de Shawinigan, et en flushant 900 travailleurs de
plus. Voici le titre des articles de journaux de décembre 2007 : «Québec
demande des comptes : AbitibiBowater devra se justifier pour obtenir des
droits de coupe» (Le Devoir, 1er
décembre 2007) et «Québec hausse le ton envers AbitibiBowater» (La Presse,
1er décembre 2007).
AbitibiBowater n’a rendu aucun compte, a passé
«GO» et a continué de recevoir ses droits de coupe du gouvernement complaisant
de Jean Charest comme si de rien était. Pour la petite histoire, celui qui
défendait bec et ongles l’entreprise était Pierre Choquette, son nouveau
responsable des relations publiques, qui était autrefois l’attaché de presse de
l’ex-ministre Claude Béchard, tel que rapporté dans l’article du Journal de
Montréal du 8 décembre 2007 intitulé «L’injure à la blessure».
En 2010, ce
même gouvernement avait demandé des «explications» à Shell lors de la fermeture
de sa raffinerie à Montréal-Est (Le Devoir, 14 juin 2010). Les
dirigeants de la transnationale Shell à Londres n’ont naturellement fourni
aucune explication.
Tiens, encore un numéro de
vaudeville de la part des libéraux, cette fois en 2005 lors de la fermeture
sauvage (encore une autre) de l’usine de New Richmond en Gaspésie par la
forestière Smurfit-Stone : «Fermeture : le gouvernement Charest
reproche à Smurfit-Stone de ne pas l’avoir prévenu [encore une fois] de la
fermeture de son usine gaspésienne.» (Journal de Montréal, 6 août 2005).
Et Nathalie Normandeau de répondre : «Je l’ai appris la veille, en soirée.
J’ai été complètement estomaquée. Je n’y croyais pas.»
Elle a exprimé
déception, frustration et colère de ne pas avoir été informée, dit-on dans
l’article. La ministre Normandeau avait demandé à rencontrer «d’urgence» les
dirigeants de Smurfit-Stone, ce qui fut impossible car ces derniers avaient
déjà des rencontres plus importantes de prévues à leur agenda. La politicienne
a pu toutefois rencontrer leurs «juniors». Entre subalternes…
La colère des libéraux du Québec
n’a toutefois pas duré bien longtemps envers les papetières comme le laisse
voir le titre de cet article du Journal de Montréal du 18 juillet
2007 : «Bureaucratie: Faciliter la tâche aux forestières»,
c’est-à-dire moins de règlements, moins d’entraves, moins de tracasseries
administratives et donc plus de libertés accordées aux forestières dont celle
de fermer leurs usines quand bon leur semble sans informer personne. Faut dire
qu’en 2005, le gouvernement libéral du Québec les avait sévèrement punies en
leur versant une aide de «seulement» 450 M$ (La Presse, 17 octobre 2005)
et Harper les a semoncé durement en leur allouant un ridicule milliard en fonds
publics en 2009 (Le Devoir, 18 juin 2009) et un autre petit 100 M$ de rien du tout en 2010 afin de les aider à innover (Le Devoir, 3 août 2010). Recevoir
si peu d’argent des contribuables, incluant de leurs propres travailleurs
licenciés, est presque insultant pour ces assistés sociaux corporatifs de luxe.
Faut aussi ajouter que la forêt publique était déficitaire de 118 M$ en 2008,
Québec versant aux papetières 351 M$ et encaissant 233 M$ en impôts et
redevances de l’industrie des pâtes et papiers (La Presse, 21 février
2007).
L’histoire se répète continuellement. Les politiciens grimpent dans les rideaux et font théâtralement une grosse colère qui dure le temps d’une rose face aux compagnies… Ils sont toutefois plus durs face aux travailleurs de l’État, aux syndicats, aux écologistes et à la population. On simule la crisette sans légiférer et après les élus disent s’en remettre à l’éthique, à la collaboration et à la responsabilité sociale des pétrolières, des minières, des banques, des pharmaceutiques, etc. et à l’autorégulation du libre marché. Triste à constater si vous voulez mon opinion.
En terminant, et ce, malgré nos divergences d’opinions, je voudrais dire que je suis consterné par la triste nouvelle du décès de Claude Béchard à l’âge de 41 ans. Je voudrais également offrir mes sympathies les plus sincères à toute sa famille et aussi ajouter que même si nous ne partagions pas la même allégeance politique, je n’ai jamais douté de la sincérité la plus profonde de l’homme à servir la population.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.



