Dans son dernier bulletin d’août, le Conseil du patronat a octroyé un «C» au Québec et regrette que la province n’ait pas été frappée plus durement par la crise et n’ait pas reçu un électrochoc «salvateur». Selon les patrons, il aurait fallu, pour notre «bien», que les banquiers magouillent davantage afin que le contribuable paie plus pour les renflouer, que plus de travailleurs perdent leur emploi et que l’État accouche d’un gros déficit. Cette compassion du patronat me touche.
Dans leur document, ils ont comparé le Québec aux pays de l’OCDE lorsque cela était possible, qu’ils ont dit sans rire. Ils tripotaient lorsque ça leur convenait. Pathétique. Six mois auparavant, le patronat, privilégiant cette fois le sondage de ses ouailles, autre méthodologie «scientifique», avait coulé le cancre : «Le gouvernement Charest rate la note de passage» (La Presse du 5 février 2010). Ça s’améliore, on vient d’obtenir un «C». Peuvent-ils nous dire qui obtient un «A» et comment l’obtenir?
En 2006, deux articles du Devoir s’intitulaient «Les gens d’affaires font leurs suggestions pour sortir le Québec de sa torpeur économique» et «L’économie du Québec devra ramer un peu plus fort». Cette cohérence dans le radotage atteint ma sensibilité.
Le patronat a aussi le courage de ses prétentions loufoques. Dans Le Devoir du 28 avril 2010, le Mouvement Desjardins affirmait : «La croissance au Québec sera beaucoup plus forte que prévu.» La Presse Affaires du 19 mai 2010 indiquait : «La bonne tenue de l’économie aide les finances publiques du Québec.» Le cabinet international KPMG mentionnait : «Compétitivité : Montréal grande championne mondiale» et «Montréal s’impose parmi les villes qui taxent le moins les entreprises» (Le Devoir, 2 avril et 13 mai 2010). Le patronat a préféré utiliser d’autres variables pour évaluer le moribond.
Le Québec est le champion canadien des subventions aux entreprises, aux écoles privées et aux pharmaceutiques et est celui qui fait le plus de place au privé dans la santé. Il est le plus généreux au monde pour les compagnies minières. La moitié des compagnies du Québec (156 677) n’ont payé aucun impôt en 2005 sur des profits de 23 G$. D’autres données que le patronat a évacuées. Au Québec, environ 40 % des travailleurs sont syndiqués, ce qui évidemment nuit à la création de richesse, selon eux. Pourtant, les pays les plus compétitifs, comme la Finlande et la Suède, ont un taux de couverture syndicale de 92,5 % et l’université y est gratuite. Dans Les Affaires du 20 août 2010, le journaliste François Normand disait : «La France, qui a une productivité comparable à celle des États-Unis, a pourtant une économie étatisée en plus d’avoir de puissants syndicats.» Ça ne change rien à leur portrait du Québec agonisant.
Le Québec est peut-être désespérant à leurs yeux, mais Couche-Tard, Desjardins, Vidéotron, Bell et la Banque Nationale viennent de déclarer des profits fantasmagoriques. Et Statistique Canada nous a dit que les entreprises sont sorties de la crise avec la meilleure santé financière au cours des 40 dernières années. Un baume sur leurs plaies.
Autre merveilleuse nouvelle : le syndicat patronal a promis de répéter ce rigoureux exercice régulièrement. Je ne veux pas jouer à Jojo Savard, mais je crois déjà connaître la note.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.



