En juin 2003, un sondage La Presse Affaires indiquait que 71% des répondants étaient favorables à une diminution de l’aide gouvernementale aux entreprises. À cet effet, l’ancien président du Conseil du patronat du Québec, Gilles Taillon, passé par après à l’Action démocratique du Québec (ADQ), avait alors formulé ce commentaire : «Il faut diminuer l’aide aux entreprises qui atteint 4 G$ au Québec comparativement à 1 G$ en moyenne dans les autres provinces». Si mes calculs sont bons, ça fait 3 G$ par année de fonds publics distribués en sus aux firmes québécoises par rapport aux autres provinces. Ça fait beaucoup de bidous versés souvent à des grosses compagnies très rentables.
Puis, l’ex-ministre libéral des finances, monsieur Yves Séguin, signalait dans le journal Les Affaires : «Je m’adresse à la communauté d’affaires : est-ce normal que le gouvernement du Québec versait 5 G$ en crédits d’impôt (subventions) soit 3 G$ de plus qu’en Ontario, pour des entreprises dont la majorité sont prospères?» Bonne question, on attend toujours la réponse. Soyons patients!
De plus, dans le document de consultations prébudgétaires 2004-2005 du Québec, on mentionne que l’aide gouvernementale accordée aux compagnies du Québec a triplé en sept ans, soit de 1995-96 à 2002-03. Pas grave, on coupera ou on tarifiera les services publics de la classe moyenne pour engraisser davantage les mammouths économiques. Quant à la dette publique du Québec, vous le savez fort bien, on sort l’épouvantail à moineaux seulement lorsqu’il s’agit d’investir dans nos services publics comme la santé, l’éducation, les garderies, le transport en commun, etc.
Dans Le Devoir du 13 décembre 2008, l’Institut Fraser, un groupe de recherche patronal, signale que : «De tous les gouvernements provinciaux, c’est celui du Québec qui s’est montré le plus généreux en fonds publics aux entreprises, ayant versé 5,4 G$ aux entreprises en 2006. L’Ontario suit avec 2,4 G$». J’utilise ma calculatrice et j’arrive encore et toujours à 3 G$ de plus glané par Québec aux entreprises par rapport à l’Ontario. Ça doit être l’Ontario qui fait fausse route!
Et, dans un article de La Presse du 28 novembre 2009 intitulé : «Selon l’Institut Fraser : le Québec, royaume des subventions»… et Jean Charest en est le «king» qui trône pour le mieux-être des VIP et de leur progéniture. Dans ce texte, l’Institut Fraser mentionne ceci : «Les 6 G$ en subventions aux entreprises seraient deux fois plus élevées que celles versées par la province voisine, l’Ontario». Attendez, même si le calcul mental et les divisions ne sont pas mon fort, je crois que l’Ontario verse 3 G$ par année en subventions aux compagnies contre 6 G$ au Québec. Ça fait donc encore un écart de 3 G$ en «faveur» de notre belle province.
Et le ministre libéral du Développement économique, Clément Gignac, ex-économiste à la Banque Nationale, qui dit douter de la comparaison inter-provinciale faite par le Fraser Institute. Moi je doute plus des chiffres de son gouvernement. Par ailleurs, il a au moins admis que les aides aux entreprises pourraient être révisées. «L’exercice pourrait se traduire par une diminution des dépenses publiques», pouvait-on lire dans un article du Devoir du 20 avril 2010.
Le banquier-ministre a tenu parole dans le sens qu’il a bel et bien révisé les subventions accordées aux compagnies pas en les réduisant, mais en les «augmentant» de 1 G$ sur trois ans (Le Devoir, 29 juin 2010). Lui et le ministre libéral des finances, Raymond Bachand, tiendront encore leurs promesses solennelles de gaver les compagnies en procédant à une «diminution des dépenses publiques» allouées aux vulgaires dépenses d’épicerie que sont les programmes sociaux. En augmentant de 1 G$ les subventions aux entreprises, on s’assure que l’Ontario ne nous rattrapera pas pour encore longtemps. Faut courir aucun risque, on ne sait jamais avec ces satanés Ontariens. L’audace et le courage du triumvirat Charest-Bachand-Gignac m’épate vraiment.
Enfin, lors du dernier budget québécois du 30 mars 2010, le lucide ministre des Finances Raymond Bachand nous a inondés de chiffres très suspects et très sélectifs pour nous convaincre et nous farcir la cervelle sur le bien-fondé de ses politiques et de l’urgence de taxer, de tarifier et de dégraisser l’État. Mais sa couleuvre budgétaire n’a pas passé auprès de la population même s’il a sorti l’artillerie lourde de ses économistes universitaires conseils, avec en tête le magnifique Pierre Fortin. Dans ses chiffres fournis au bon peuple, je vois dans Le Devoir du 31 mars 2010 que le ministère des Finances du Québec et son louable ministre Bachand ont indiqué que Québec versait annuellement 2 G$ en aide gouvernementale aux entreprises.
Trop c’est trop. Il y a tout de même une limite à rire du monde. Grâce à des magouilles et du tripotage comptables, on en est arrivé à seulement 2 G$ de subventions. Ce chiffre contredit les affirmations récentes de Gilles Taillon, ex-président du Conseil du patronat du Québec, de Yves Séguin, ex-ministre libéral des Finances, et de l’Institut Fraser. Ce chiffre de 2 G$ représente un grossier mensonge. De la magie noire libérale qui a fait disparaître 4 G$ de subventions aux compagnies grâce à un tour de passe-passe comptable. Les libéraux sont nettement supérieurs aux agences de notation qui, elles, ont dissimulé la dette publique de la Grèce. En agissant ainsi, on donne l’illusion que Québec aide peu le privé et je dirai même pas assez.
Je m’arrête ici car le ministre libéral des Finances du Québec, Raymond Bachand, aime bien écrire des lettres personnelles à nos supérieurs comme il l’a fait au grand patron des journalistes du Journal de Montréal, monsieur Pierre-Karl Péladeau, qui ont osé dire qu’il avait bluffé lors de son dernier budget provincial. J’ai peur qu’il en rédige une à mon recteur à l’Université du Québec à Montréal Claude Corbo, afin que celui-ci me semonce et me ramène dans le droit chemin comme il l’a fait pour les journalistes, sous prétexte comme eux que je déshonore la profession. Il est bien capable d’en écrire aussi une à ma mère.
Je mets le dit ministre des finances au défi de me contredire et de prouver ces données tronquées. Honte aux commis d’État du ministère des Finances qui sont supposés être au service du public, mais qui se comportent en vulgaires laquais de service. Lorsque j’étais jeune, ça ne fait donc pas si longtemps, il y avait un film humoristique français populaire mettant en vedette Darry Cowl, intitulé «Le triporteur». Peut-être qu’un réalisateur québécois pourrait produire un autre film encore plus comique intitulé cette fois «Le tripoteur» et mettant en vedette…. Ma retenue légendaire m’interdit de suggérer des noms! S’il vous plaît, n’insistez pas. Je ne veux pas suggérer des noms de peur d’en oublier!



