Le Fraser Institute, un organisme de recherche patronal, souligne que le Québec est le champion canadien des subventions aux entreprises avec 6 G$ en 2007, contre 3 G$ pour l’Ontario.
Ces 6 G$ de fonds publics versés à des compagnies rentables omettent les milliards octroyés aux alumineries en tarifs réduits d’électricité, aux multinationales pharmaceutiques que Québec favorise pour nous vendre leurs médicaments à des prix exorbitants, même s’il existe des génériques moins chers, aux minières et aux pétrolières exemptées de redevances, etc. Ça fait partie du modèle québécois. C’est ainsi qu’ils veulent «moderniser» le Québec.
Le patronat a applaudi chaleureusement Charest et Bachand lors du dernier budget provincial et a reconnu «l’audace» des libéraux d’aider abondamment les entreprises et de taxer davantage la population. Les patrons ont toutefois demandé au gouvernement de mieux «cibler» l’aide accordée aux compagnies (surtout pas de les réduire) et ont exigé qu’il lamine les dépenses «d’épicerie» allouées aux programmes sociaux : «Dépenses publiques [excluant les subventions] : le patronat espère que Québec ne deviendra pas un “bar ouvert”», rapportait Le Devoir. Pourtant, l’ancien vérificateur général du Canada, Denis Desautels, avait dit : «Les programmes de subventions sont des bars ouverts pour les entreprises.» Le patronat veut que le bar de fonds publics soit strictement ouvert aux entreprises. Un club privé réservé aux assistés sociaux corporatifs!
Que vois-je dans Le Devoir du 20 avril 2010 : «Québec révisera les programmes d’aide aux entreprises. L’exercice pourrait se traduire par une diminution des dépenses publiques.» Enfin, me dis-je, Charest a compris. Mais c’est mal le connaître. Exactement deux mois plus tard, au lieu de fermer un tantinet le robinet des scandaleuses subventions aux compagnies, le ministre ex-banquier Clément Gignac était fier d’annoncer, en nous servant encore sa litanie de clichés primaires : «Québec dégage 1 G$ [de plus] pour intensifier la recherche et l’innovation», a titré Le Devoir du 29 juin 2010. Le show de la dérision must go on.
Quand vient le temps d’allonger des milliards additionnels de fonds publics au privé en subventions et en baisses d’impôts, la dette publique n’est plus un problème et le gouvernement a l’argent. Pourtant, lors du dernier budget provincial, ces mêmes tartufes clamaient que la dette du Québec était telle qu’on était pratiquement en faillite, qu’il fallait absolument réduire, privatiser et tarifier les programmes sociaux et augmenter la TVQ. Et la sereine vice-première ministre, Nathalie Normandeau, a précisé qu’elle «mise sur la pédagogie» pour faire passer son budget. Le terme «démagogie» aurait été plus approprié.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.



