Il était maçon, dissident et gréviste de la faim. Noir, il n’avait aucun lien de parenté avec le héros de la révolution mexicaine de 1910. Orlando Zapata, mort mardi dernier après avoir jeûné pendant 85 jours pour protester contre ses conditions de détention, était l’un des 65 «prisonniers de conscience» cubains d’Amnistie internationale.
Raúl Castro a regretté «beaucoup» son décès, précisant qu’«en un demi-siècle, nous n’avons assassiné personne ici…» Pour La Havane, Zapata, âgé de 42 ans, était un prisonnier de droit commun comme un autre. Claude Morin, professeur honoraire du département d’histoire de l’Université de Montréal, partage cette version.
Un martyr
«Les informations que j’ai vues en font un prisonnier de droit commun, un réfractaire. Il aurait été entraîné à jouer au prisonnier politique. Les opposants l’auraient utilisé. Ils ont trouvé un martyr. Les droits de la personne, voilà le seul angle qui offre une prise contre le gouvernement cubain à l’étranger…» (échange de courriels).
Peut-être, mais l’un des plus célèbres dissidents de l’ère communiste, le Polonais Lech Walesa, prix Nobel de la Paix en 1983, a appelé les autres lauréats à «entreprendre des actions communes» pour la libération de tous les Cubains emprisonnés pour leurs convictions politiques.
Combien sont-ils? Officiellement il n’y en a aucun. Ce sont tous des «mercenaires» à la solde des États-Unis.Souscrire à cette version, c’est croire que Cuba est un véritable paradis tropical du socialisme. Ottawa, qui n’a jamais rompu ses relations avec La Havane, a réclamé la libération de tous les détenus politiques dans l’île. Il y en aurait 205, selon la dissidence. Mais comment les libérer puisqu’ils n’existent pas et qu’aucune organisation internationale n’est admise dans les prisons cubaines?
Granma n’a pas mentionné le décès d’Orlando Zapata. Le quotidien du Parti communiste cubain a plutôt dénoncé les conditions de détention dans les pénitenciers américains, où «meurent chaque année 7 000 personnes…» Au pays des frères Castro, le seul endroit où la torture est pratiquée sur l’île, c’est à la base américaine de Guantanamo.
Depuis un demi-siècle, Cuba blâme l’embargo de Washington, que Barack Obama n’est pas prêt de lever, pour ses innombrables maux économiques et sociaux. Des accusations en grande partie fondées. Pour tout le reste, c’est la politique du déni.



