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Brouiller l’étiquette


Publié: 20 janvier 2010 02:10
Mis à jour: 20 janvier 2010 07:25
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Je sais, je sais. Ma dernière chronique, c’était pas clair. Le nombril? Le nombril de qui? Lou? Lou a du poil dans le nombril? Ah! Lou c’est un nombril qui rêve d’être le nombril du monde! J’étais sobre et consentant. Juré. Aucun regret. Rien à voir avec une certaine soirée de juin 2002. Ou celle de mars 2003. Ou juillet 2004. Ou février, mai, septembre, octobre 2005. (Grosse année.) C’était une chronique nécessaire. J’avais le goût de faire changement. De brouiller l’étiquette.

J’ai une allergie aux étiquettes. Puis là, ça commençait à me gratter. «Lui, y est comme ça! Lui, y pense comme ça! Lui, son style, c’est ça!» Logiquement, pour un humoriste, tu dois entretenir une image claire, nette et précise. On voit que je coulerais le cours de marketing aux HEC. Mais peu importe, je ne serais pas accepté, j’ai pas de mallette en cuir ni l’ambition de Céryl Rictus. (Un référent compris par quatre personnes. Ça non plus, c’est pas marketing.)

Personne n’aime les étiquettes. Être réduit à une image, un terme. «Tu fais quoi dans la vie?» On voit la personne ouvrir sa valise d’étiquettes, licher son pouce et être prête à nous coller ça dans l’front! «TOÉ T’ES COMIQUE!» ou «TOÉ T’ES SCIENTIFIQUE!» ou «TOÉ T’ES ATLHÉTIQUE!».

Quand on se lève le matin, on est vierge, neutre. Arrivé au bureau, à l’école, qu’on le veuille ou non, l’étiquette prend le dessus. On est pris avec. On voudrait que les gens arrêtent de nous aborder avec l’appréhension qu’on va régler leur problème, ou qu’on est incompétent, ou qu’on est comique. On change d’ami, d’école, de job, espérant que l’étiquette disparaisse. Puis on fait le terrible constat : l’étiquette est restée. Deuxième constat difficile, c’est nous qu’il faut changer.

D’où ma chronique style «opium». Avec trop d’étiquettes, on vient à ne plus se voir dans le miroir. Je respecte l’opinion des gens, mais parfois, j’aime reprendre possession de ma face. C’était quand même pas si pire. J’aurais pu mettre les instructions de mon toaster comme chronique. J’y ai pensé. Mais bon, maintenant, ça va. Je me suis mis de la crème, ça ne pique plus. Je peux licher mon étiquette puis me la resacrer dans l’front : «Benoit Lefebvre, humoriste.»

•••
Mes pensées sont avec les gens qui sont touchés de près ou de loin par la tragédie d’Haïti. 


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