Nortel illustre merveilleusement les tares innées du capitalisme. Ainsi, en 2008, cette compagnie a subi une perte colossale de 6 G$, ce qui n’a pas empêché la direction de vouloir verser 50 M$ en primes aux dirigeants afin de les «fidéliser». Même si Nortel est en faillite, l’ex-président Mike Zafirovski réclame 12 M$ à l’entreprise pour «services rendus», lui qui, en 2005, a encaissé 40 M$ pour un mois et demi de travail sans compter que 75 M$ furent versés aux autres dirigeants sur des profits illusoires falsifiés par eux. D’ailleurs, le Canada et les États-Unis ont, en 2008, porté de nouvelles accusations criminelles de fraude comptable contre les dirigeants de Nortel, qui avaient déjà réglé, en 2006, pour 2,6 G$ les recours collectifs intentés jusqu’alors pour manipulation comptable. J’oubliais les «modestes» 145 M$ empochés en 2000 par l’ex-PDG John Roth.
Selon le populaire chroniqueur Alain Dubuc, les salaires des patrons sont «largement un faux problème», et l’indignation qu’ils suscitent «comporte une évidente dimension idéologique» et une «bonne dose d’anticapitalisme primaire». Ayoye! Bush lui-même a critiqué ces rémunérations indécentes. Dire que Pierre Foglia considère son collègue Dubuc comme un «génie»... Pauline Marois a répété souvent qu’il ne fallait point être jaloux des riches. Faut plutôt les admirer et les remercier. Les économistes Marcel Boyer de l’Institut économique et Claude Montmarquette des lucides l’ont dit : «La compétence, ça se paie!» Avoir mené aussi rapidement Nortel à la banqueroute relève effectivement d’une compétence gargantuesque.
En 2000, l’action de Nortel, qui ne vaut plus rien, se transigeait à 124 $, et les analystes des banques canadiennes, qui étaient leurs créanciers, suggéraient d’en acheter encore. Ils n’ont supposément rien vu venir, ni la crise financière, ni les fraudes milliardaires de World Com, Tyco, Enron, etc. Vraiment suspect! Idem pour les vérificateurs comptables. Allô les experts! Il ne reste plus rien de ce joyau canadien des télécommunications qui se pavanait en situation de
monopole, à titre de filiale de Bell, et qui a été vendue depuis en pièces détachées aux américaines Avaya et Ciena, à la suédoise Ericsson, à la japonaise Hitachi, à la finlandaise Nokia, à Flextronics de Singapour, etc.
Des milliers de travailleurs ont perdu leur emploi, transféré ailleurs, et leur fonds de pension, alors que les dirigeants ont engrangé des centaines de millions et que la collectivité, par l’intermédiaire de l’État, devra encore payer, comme le signalait Le Devoir : «Québec aidera les retraités de Nortel» et «Nortel invoque la protection de la Cour : préoccupé, Ottawa n’écarte pas la possibilité d’une aide financière». Pas grave, pour éponger ça, on n’aura qu’à tarifier davantage les services publics et à hausser les taxes à la consommation du peuple «docile». La morale de l’histoire est que l’incompétence et les malversations du privé se paient toujours avec des fonds publics.