On a beaucoup médiatisé les pertes publiques, sur papier, de l’îlot Voyageur et de l’usine Gaspésia. Le patronat a alors dénoncé l’inefficacité des fonctionnaires et exigé de tout privatiser. Pas un mot toutefois sur les 200 G$ versés en fonds publics aux banques pour couvrir leurs pertes sur le papier commercial, les 100 G$ détournés dans les paradis fiscaux et les milliards engloutis par les papetières et l’automobile, également épongés par l’État. Ils ont l’indignation sélective.
Bell a dilapidé 54 G$ d’argent public ces 20 dernières années et on en parle pas. On a jamais dénoncé ce monopole privé du téléphone résidentiel qui lui a procuré des milliards de dollars en égorgeant les clients captifs. L’ouverture du marché des télécommunications est une farce grotesque puisque l’industrie elle-même a annoncé qu’il n’y aurait pas de baisses des prix. C’est au Canada que l’on paie le plus cher pour le cellulaire et l’internet (55 fois plus qu’au Japon) signale l’OCDE. Allô concurrence!
Les «cerveaux» de Bell ont mené Nortel à la faillite. Résultat : 15 G$ de pertes. Sont incapables de concurrencer à l’international, seulement localement en situation de monopole et accrochés aux mamelles de l’État. Téléglobe était une société d’État rentable que le fédéral a privatisé au profit de Bell et de Charles Sirois, qu’ils l’ont conduite à la banqueroute. Nouvelle perte de 15 G$. Puis, perte de BCE de 7 G$ dans la vente et le rachat d’une participation de 20 % de Bell à l’américaine SBC. Des pertes de 12 G$ dans des diversifications insensées comme l’immobilier, la finance, l’informatique, etc. Ajoutons 5 G$ en restructurations.
Cela n’a aucunement empêché Jean Monty d’empocher 47 millions en 2000, année où Bell a demandé au CRTC une substantielle hausse des tarifs résidentiels. On se garde même pas une petite gêne. Pour rire plus de vous, les entreprises de télécommunications se sont dotées récemment d’un bureau des plaintes qu’elles dirigent elles-mêmes sans ingérence gouvernementale. Merveilleux! Hein? Bell vient d’être condamnée pour harcèlement téléphonique? Leur bureau des plaintes n’a rien vu!
Pour les pertes de 40 G$ de la Caisse de dépôt imputables à HP Rousseau, ils ont répété que les contribuables et les retraités allaient éponger la note et ont exigé de scinder la Caisse. Les pertes de 54 G$ et les émoluments des boss de BCE, ce sont aussi les contribuables et les consommateurs qui les paient, mais pas un mot. Le taxage du privé c’est correct, mais pas les impôts publics. Nationalisons le service public essentiel du téléphone résidentiel. En France, c’est l’État qui contrôle France Télécom. Et les libéraux nomment Michel Sabia comme président de la Caisse, lui qui vient de quitter Bell avec 21 millions que les consommateurs défrayeront avec leurs techniciens et leurs téléphonistes «sous-traitées». On accepte ça sans rien dire.