Pour moi, l’an 2000 a été l’année des changements : nouvelle job à MusiquePlus, nouvel amoureux et déménagement dans un nouveau quartier, le grouillant quartier portugais, en plein cœur du boulevard Saint-Laurent. Coup de foudre instantané. Pour ses petits commerces, mais aussi pour le joyeux chaos et l’esprit de communauté affirmé qui y régnaient. Plusieurs d’entre nous avaient le coeur gonflé de fierté en parlant de la Main, notre rue, l’une des plus anciennes de Montréal.
Puis arriva un nuage. En 2006, la Ville de Montréal annonce qu’elle effectuera des travaux de réfection majeurs de plus de 30 M$ afin, entre autres, de moderniser le système d’égout et agrandir les trottoirs. Ce qui semblait une bonne nouvelle est rapidement devenu un cauchemar pour les résidants autant que pour les commerçants. Des commerçants dont plusieurs avaient mis tout leur cœur et leur énergie à offrir pendant des décennies des produits de qualité et un service personnalisé, contribuant ainsi au rayonnement de l’artère et la rendant attrayante aux touristes.
Les travaux, qui devaient se terminer à la fin de 2007, se sont étirés presque un an de plus, à cause, comme vous le savez, de plusieurs bévues majeures. (Il est tout simplement inadmissible que Gaz Métropolitain ait, en avril 2008, creusé une quarantaine de nouvelles tranchées pour effectuer des branchements alors que la rue venait à peine d’être ré-asphaltée!) Pendant ce temps, j’ai assisté, impuissante, à la mort lente de plusieurs commerces qui essayaient tant bien que mal de survivre en donnant des escomptes alors qu’on pouvait difficilement y entrer parce qu’une planche dangereuse reliait la porte à la rue ou encore parce que leur vitrine était couverte de suie.
Au cours de cette même période, un couple d’amis britanniques en visite à Montréal n’a jamais compris quel charme je trouvais à cette rue, pourquoi elle était si famous et encore moins comment je pouvais y habiter. Dur constat : en regardant tous ces cônes de construction, ces trous creusés depuis des mois dans la rue et ces déchets jonchant un peu partout la rue, pour la première fois, j’ai eu honte. Honte que ma ville n’ait pas traité ce dossier plus rapidement. Honte de ce manque de rigueur évident. Les travaux effectués sur le boulevard Saint-Laurent ont laissé une blessure ouverte à un grand nombre de ses résidants et commerçants.
Aujourd’hui, trois ans et demi après le début des grands travaux, la Main est peut-être plus belle avec ses quelques arbres et ses bancs à caractère historique, mais son âme en a été un peu diminuée, il n’y a qu’à voir le nombre record d’espaces à louer. La population en général a peut-être oublié cette période noire, mais pas nous qui la côtoyons chaque jour. Encore cette année, plusieurs commerçants en faillite ont dû fermer boutique après 20 ou 30 ans d’opération, partant ainsi avec de riches souvenirs impérissables de la Main et laissant probablement la place à un nouveau restaurant branché de style South Beach qui sera là deux ou trois ans maximum.
En cette période de campagne électorale municipale, ai-je besoin de dire que, cet automne, l’administration Tremblay n’obtiendra absolument pas mon vote?



