Le PQ, le PLQ et les lucides autoproclamés veulent «courageusement» s’attaquer aux vaches sacrées du modèle québécois. D’accord avec eux. Commençons par les subventions aux entreprises. Le Québec verse annuellement 5,4 G$ en subventions aux entreprises, et l’Ontario 2,4 G$, soit 3 G$ de plus. Incroyable, mais vrai. C’est pas moi qui l’affirme, mais bien l’organisme patronal Fraser Institute. Et ces 5,4 G$ versés par Québec à des entreprises prospères excluent les milliards donnés par Hydro-Québec aux alumineries et aux papetières et ceux distribués par Investissement Québec et par la SGF. C’est le Québec qui est, de loin, le plus généreux au Canada en aide gouvernementale octroyée au privé. Mais nos lucides ignorent volontairement ces cadeaux gargantuesques octroyés au gratin corporatif, préférant plutôt s’attaquer au monde ordinaire en dénonçant inlassablement les pseudo bas tarifs de nos garderies, de l’électricité et des frais de scolarité.
Dans un article, Yves Séguin, ancien ministre libéral des Finances, avait dit qu’il allait couper 1 G$ annuellement en subventions aux entreprises. Avant qu’il y ait le moindre débat public, Charest a viré son ministre pas assez lucide au goût des copains. Faut moderniser le Québec, mais pas comme ça, voyons donc! Faut surtout pas s’attaquer aux vaches sacrées des castes
supérieures. Plusieurs millions versés en subventions à la recherche frôlent carrément la fraude, tellement des projets farfelus sont financés par nos impôts sans aucune vérification. Et les comptables et les avocats encaissent une partie de ces subventions en commissions et honoraires. L’ancien vérificateur général Denis Desautels l’avait bien dit : «Les programmes de subventions sont des bars ouverts pour les entreprises.» Par exemple, La Presse du 18 avril nous apprenait que Québec allait verser une aide de 100 M$ à la papetière Abitibi Bowater qui, elle, allait verser 25 M$ à son président retraité. Vraiment révoltant.
Nos gouvernements doivent avoir le courage de s’attaquer aux vaches sacrées des grosses légumes qui coûtent annuellement des milliards en fonds publics et qui sont défrayées par le monde ordinaire, comme les 400 M$ distribués annuellement par Québec aux écoles privées, alors qu’en Ontario et aux States, c’est zéro. Mais faut pas rêver. Ils vont continuer à insister pour tarifer davantage tous les services publics de la population. Par contre, pas touche aux privilèges du gratin. Ramener au Québec les subventions au même niveau qu’en Ontario, province qui sert souvent de modèle au patronat, libérerait 3 G$ par année, lesquels pourraient être investis dans nos services publics délabrés.