Le Yomiuri Shimbun ne verse pas dans le sensationnalisme et quand le quotidien japonais annonce le tir d’un Taepodong nord-coréen en direction d’Hawaï, Barack Obama se dit prêt à tout. Le lancement du missile sur l’État où le président américain a vu le jour pourrait avoir lieu «aux alentours du 4 juillet», selon le journal le plus lu de la planète (14 millions de copies). Un deuxième Pearl Harbor est-il vraiment possible?
Le risque d’une confrontation avec le dernier régime stalinien de la planète ne peut être rejeté du revers de la main en prétextant que Washington en a déjà plein les bras avec les guerres d’Irak et d’Afghanistan. La dernière crise des missiles avec la Corée du Nord remonte à 1998, lorsqu’un engin balistique longue portée avait survolé le Japon avant de s’abîmer en plein Pacifique.
En développant il y a trois ans le Taepodong-2, d’une portée de 6 700 kilomètres, Pyongyang a
clairement abattu ses cartes : il entend bien jouer dans la cour des grands avec ses missiles de toutes sortes – il en aurait 800 – qui pourraient même être vendus aux plus offrants. Le dernier tir d’un missile intercontinental a eu lieu le 5 avril, au-dessus du Japon. Il a été suivi par un essai nucléaire souterrain le 25 mai, le deuxième en moins de trois ans. Pour quelles raisons le pays de Kim Jong-il fait-il constamment l’étalage de sa puissance militaire?
«Avec la Corée du Nord, il faut toujours employer le conditionnel. Nous savons rarement ce qui s’y trame!» rappelle dans un échange de courriels, Bruce W. Bennett, de la Rand Corporation, un think tank américain fondé en 1945 par l’US Air Force. Depuis le début de l’année, Kim Jong-il (le «Cher Dirigeant»), dont on dit qu’il se remet d’une attaque cérébrale, teste la nouvelle administration américaine, avec ses missiles et sa rhétorique de la tension permanente. Peut-être croit-il pouvoir faire monter les enchères et recevoir davantage d’aide alimentaire et économique en échange de l’arrêt de son programme nucléaire. Ce jeu du chat et de la souris dure depuis des années.
Vu sous cet angle, un Pearl Harbor-II est donc fort improbable. Ce n’est cependant pas demain la veille que la Corée du Nord fera exploser des feux d’artifice pour fêter l’indépendance des États-Unis le 4 juillet. Même si ses tirs de Taepodong sont des pétards mouillés, Washington tient fermement son parapluie antimissile dans le ciel bleu d’Hawaï.