Brian Mulroney a reçu illégalement 225 000 $ en liquide d’un lobbyiste. Pour cette offense, la prison aurait été de mise. C’est en 1999 que Mulroney, coincé, a déclaré ces revenus illicites au fisc, soit cinq ans après l’encaissement. Il aurait dû payer une amende, les intérêts et l’impôt sur le montant total. Mais non, Revenu Canada, dans sa permissivité proverbiale envers les notables, a taxé seulement la moitié des 225 000 $, sans pénalité et intérêts. En prime, les Canadiens doivent défrayer les 2 M$ d’honoraires de ses avocats. Outrageant!
Cette disposition fiscale injuste, qui exempte d’impôt la moitié des immenses revenus des riches, est en vigueur à l’année longue. En effet, la moitié du salaire exorbitant des dirigeants d’entreprises, payé en options d’achat d’actions plutôt qu’en chèque, n’est pas imposable.
Déjà que le salaire indécent des dirigeants d’entreprises constitue une appropriation injustifiée de la plus-value du travail des employés, nos gouvernements en rajoutent et exonèrent de tout impôt 50 % de ces grosses rémunérations, alors que le travailleur ordinaire, payé par chèque, est imposé en totalité.
Me semble que l’élémentaire équité demande que tous les salaires, indépendamment de la forme de paiement, soient imposés de la même manière. Ce cadeau fiscal, et beaucoup d’autres consentis à l’élite, a fait dire au milliardaire américain Warren Buffet qu’il était anormal qu’il ait un taux d’imposition effectif inférieur à celui de sa secrétaire.
La classe moyenne ne peut plus défrayer ces privilèges indus qui privent nos gouvernements de millions et qui pourraient être investis dans nos services publics. Les politiciens doivent avoir le courage de s’attaquer à ces vaches sacrées comme le fait Obama. Alors que le taux maximum d’imposition fédéral au Canada est de 24,2 %, Obama vient de le relever à 39,6 % aux États-Unis, juste au fédéral, ce à quoi il faut ajouter l’impôt sur le revenu des états, des municipalités et des comtés américains.
Et les «smattes» qui prétendent encore que les Québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord! Alors qu’ici on multiplie les abris fiscaux des contribuables aisés, Obama compte «mettre fin à des dizaines de niches fiscales injustes qui coûtent des centaines de milliards de dollars à l’État». Pour contrer la crise, on augmentera aussi l’impôt des riches en Irlande et en Grande-Bretagne. Mais ici, au Québec, le patronat estime qu’il faut «aider les mieux nantis en réduisant leurs impôts», et Charest tarifie davantage les services publics. Allô solidarité!