Bill Clinton qualifiait Benyamin Netanyahou de «fumier» à cause de ses promesses creuses de paix. Le mot «faucon» serait plus approprié. Le premier ministre israélien a toujours mis davantage d’efforts «dans le processus que dans la paix», rappellent ses adversaires de gauche. Barack Obama n’est pas loin de le croire. Les deux sont engagés dans un bras de fer au sujet de la colonisation israélienne de la Cisjordanie occupée.
Si Obama a marqué des points dans la «rue arabe» avec son discours de jeudi au Caire, il en
a perdu avec l’Israël de Netanyahou. Le dirigeant du Likoud n’apprécie guère les appels constants au gel total des colonisations. Il ne peut vraiment accepter cette idée sans mettre en péril son gouvernement de coalition avec ses petits partis d’extrême droite.
Même si son pays est dépendant de son puissant allié dans tous les domaines, Netanyahou fait la sourde oreille aux pressions d’Obama, car il sait très bien que les relations avec les États-Unis dépendent avant tout de la politique intérieure de son protecteur.
Le Congrès, par exemple, a toujours soutenu l’État juif. Il y a 14 ans, il avait d’ailleurs donné sa bénédiction au transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Obama ne s’y oppose pas, mais vient de retarder de six mois ce «grand déménagement» qui soulèvera l’ire du monde arabo-musulman.
Même les démocrates commencent à s’inquiéter de la politique palestinienne de leur nouveau président, élu avec 78 % du vote juif américain. Ils craignent de le voir enfoncer le même clou contre la colonisation sans demander de quelconques concessions aux Palestiniens, plus divisés que jamais.
L’APAIC (American Israel Public Affairs Committee) fait pour l’instant le dos rond. Mais le puissant lobby (100 000 membres), où tous les candidats à la présidentielle viennent exposer leur vision du conflit israélo-palestinien, ne restera pas longtemps inactif.
L’organisation fondée en 1951, trois ans après la création d’Israël, veillera à ce que la main tendue d’Obama au monde arabo-musulman ne se transforme pas en poing à l’égard d’Israël. Pour l’heure, Netanyahou n’aime pas trop le doigt accusateur d’Obama. Il présentera cette semaine un discours «important» sur la «politique de paix et de sécurité» avec les Palestiniens. «Bibi» se doit de répondre aux attaques d’Obama avant que ce dernier ne devienne son pire ami.