Prétextant la crise, les gouvernements tarifent davantage nos services publics au détriment de la classe moyenne tout en inondant le gratin de nouveaux abris fiscaux comme le CELI et le REA. Par souci d’équité, il faudrait plutôt abolir plusieurs abris fiscaux et freiner l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux, qui ne profitent qu’aux nantis, comme Obama va le faire. Pas question de surtaxer quiconque, mais simplement d’éliminer certains privilèges fiscaux scandaleux octroyés à une minorité qui coûte des milliards de dollars aux gouvernements et qui perpétue chez les notables l’illusion de la gratuité.
Saviez-vous que les REER (régimes enregistrés d’épargne-retraite), dont la cotisation maximale de 22 000 $ l’an et les revenus accumulés ne sont pas imposables, coûtent au minimum 20 G$ l’an au fédéral et 4 G$ au Québec? En éliminant les REER, on pourrait investir massivement dans nos programmes sociaux rachitiques, diminuer, plutôt qu’augmenter, la tarification des services publics, augmente les pensions de vieillesse universelles et même rembourser la dette. En 2007, seulement un Québécois et un Canadien sur quatre ont souscrit à un REER, et la cotisation médiane a été de 2 700 $, alors que le maximum autorisé était de 21 000 $. Les 34 G$ versés dans un REER ont représenté seulement 6 % de la somme maximale permise.
Au nom de l’intérêt public, abolissons les REER et les RPA. Les personnes aisées n’ont pas besoin de fonds publics pour épargner. D’autres abris fiscaux payés par la population, mais qui profitent strictement aux riches, devraient être aussi éliminés, comme les gains de capitaux et les milliards en salaires versés aux dirigeants en options d’achat d’actions dont la moitié seulement est imposable, les sociétés en commandite, les REEE, les REEI, les CELI, le REA, les dons, les commandites, les fiducies familiales, etc., sans oublier les odieux paradis fiscaux.
Nous n’avons plus les moyens d’offrir d’aussi coûteux programmes «sociaux» au gratin. Même si les puissants lobbies vont furieusement s’opposer, nos gouvernements doivent avoir la bravoure de privilégier les intérêts supérieurs de la collectivité, et non les intérêts particuliers de la minorité possédante. Qui peut vraiment investir chaque année 22 000 $ dans un REER, 5 000 $ dans un CELI, 5 000 $ dans un REA et des milliers de dollars supplémentaires dans des régimes d’épargne-études, d’épargne invalidité, etc.? Ceux qui militent pour la santé privée proposent maintenant l’instauration du REER-santé. Ainsi, la santé privée n’aura de privé que le nom. Le ménage des abris fiscaux s’impose au nom de l’élémentaire solidarité.