Seuls les esprits tordus continuent de clamer que baisser les impôts sur le revenu des compagnies et des nantis, privatiser, tarifier davantage les services publics et ratatiner l’État vont créer de la richesse pour tous. Vraiment honteux de tenir ce discours, alors que les preuves empiriques démontrent le contraire. Aux États-Unis, où l’on a appliqué allègrement depuis 30 ans des politiques économiques et fiscales de droite, c’est le désastre pour la majorité, et le Klondike pour le gratin. Même Bush l’a reconnu : «Le fait est que les inégalités de revenus sont réelles. Elles augmentent depuis plus de 25 ans.» Alan Greenspan, l’ancien président de la Réserve américaine, a aussi admis que les politiques appliquées au cours des 25 dernières années ont appauvri la classe moyenne et accru le nombre de pauvres.
«Pauvre classe moyenne américaine», titrait La Presse du 28 juillet 2008, avant de signaler que «le revenu annuel des Américains a diminué de 1 175 $US en termes réels depuis 2000, alors que leurs dépenses courantes ont grimpé de 4 655 $». Dans un autre article de La Presse intitulé «Travaillez plus, gagnez moins», on lisait : «L’économie américaine a crû de 18 % depuis 2000, mais les revenus réels ont diminué de 1,1 %.» Toute cette richesse collective fut évidemment accaparée par une minorité. Aujourd’hui, 1 % des Américains riches détiennent 23 % de la richesse nationale, contre 10 % en 1980. La revue américaine Business Week disait, dans son numéro du 25 août dernier, qu’en trois heures, un dirigeant gagne le salaire annuel d’un ouvrier travaillant au salaire minimum.
Comme les salaires réels diminuent et que le coût des services publics «privatisés» là-bas explose, les Américains sont «endettés jusqu’aux yeux», titrait La Presse. Aux States, la principale cause de faillite personnelle est la santé privée, et plus de 4 personnes sur 10 sont incapables de payer leurs fabuleuses primes d’assurance privée.
En plus de leurs impôts, les Américains doivent payer de leurs poches plusieurs milliers de dollars par année pour les services publics, tous «privatisés». Baisses d’impôts rime avec moins d’État et moins de services publics. Même les plus riches Américains, comme Gates et Buffett, s’y sont opposés. Arrêtez de vous faire enquiquiner par ceux qui prétendent que les baisses d’impôts et les abris fiscaux vont profiter à la classe moyenne. C’est un leurre, comme le démontre éloquemment le modèle étasunien.