Les lucides autoproclamés sont déprimés. Un de leurs fantasmes fondés sur le miracle des baisses d’impôt aux compagnies et aux nantis, des privatisations, de la tarification accrue des services publics et de l’État minimal, vient abruptement de prendre fin. L’Irlande, leur amour, fut le premier pays européen à avoir l’insigne honneur d’entrer en récession sévère. Un autre flop des recettes économiques et fiscales primaires qu’ils préconisent. Tous leurs beaux modèles néolibéraux sont tombés, de la Nouvelle-Zélande à l’Argentine, à la Grèce, et à l’Islande, qui est carrément en faillite.
L’Irlande, ce pays de quatre millions d’habitants, a carburé aux milliards en subventions reçus de l’Europe qui lui ont permis de baisser les impôts du gratin, jusqu’à devenir un paradis fiscal.
Les bas impôts et les salaires dérisoires ont évidemment attiré les profiteurs, ce qui a exacerbé la spéculation, et vlan, tout s’est écroulé. Afin de rattraper le coût de la vie, les travailleurs irlandais ont osé demander des augmentations, ce qui a irrité les affairistes, qui ont déménagé. Pour financer ses services publics décrépis, l’Irlande a augmenté modestement ses impôts, ce qui a enragé les opportunistes. Ils ont déguerpi. «L’Irlande pleure la mort du Tigre celtique», titrait La Presse.
La Grèce, un autre success story du néolibéralisme, vient également de s’effondrer. La Grèce a connu une forte croissance économique, mais, comme au Canada, «les inégalités se sont creusées ces 20 dernières années», a rapporté Le Devoir.
Voilà quelques échecs retentissants de pays, incluant les States, qui ont appliqué vigoureusement et rigoureusement les recettes néolibérales de la Banque mondiale, du FMI et de nos lumineux lucides qui conduisent toujours à l’appropriation de la richesse collective par une minorité, à l’appauvrissement de la classe moyenne, à la dilapidation des services publics et à l’écroulement de l’économie.
Malgré les cuisants revers de leurs politiques conservatrices, ils persisteront toujours, en inventant de faux prétextes au sujet de l’urgence de tarifier davantage les services publics, de baisser les impôts des compagnies et de privatiser. Appauvrir la majorité en taxant les services publics et inonder les nantis et les compagnies de baisses d’impôt et d’abris fiscaux sont censés, selon eux, créer de la richesse collective et démontrer notre solidarité. Bande d’hypocrites! Faites leur confiance pour trouver un autre endroit paradisiaque pour expérimenter leurs dogmes. Hélas, ça tourne toujours vite au vinaigre.