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Entrevue exclusive avec Annie Lennox, ambassadrice de l’UNICEF

«L’une de mes forces est que je suis, pour ainsi dire, ma propre campagne», affirme la chanteuse.


Publié: 20 novembre 2009 00:00
Mis à jour: 20 novembre 2009 10:00
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Annie Lennox, que certains appellent la «plus grande chanteuse de soul blanche vivante», a récemment lancé la compilation The Annie Lennox Collection. Cependant, par les temps qui courent, elle est moins préoccupée par les classements du Billboard que par les enfants mourants. Elle participe en effet à une campagne visant à venir en aide aux enfants africains atteints du sida. Elle a accordé en exclusivité une entrevue à Métro.

Mme Lennox, comment se fait-il qu’après plus de deux décennies de campagnes de sensibilisation, autant d’enfants continuent de mourir du sida en Afrique?
Si vous avez de l’argent, vous pouvez toujours avoir accès à des soins et à des traitements médicaux. Par contre, si vous êtes pauvre, c’est une autre histoire, d’autant plus que le système de santé de la plupart des pays d’Afrique est peu efficace et à court de personnel. En plus de tout ça, beaucoup de gens ne savent pas encore très bien comment on peut être infecté par le VIH. Si votre mère est pauvre et que votre père n’est pas là pour soutenir la famille, vous devenez vulnérable et êtes susceptible de mener une existence extrêmement difficile et souvent très dangereuse.

À quoi cela est-il attribuable?
Mis à part la guerre et les désastres naturels, comme les inondations et la sécheresse, la pauvreté chronique a en général été causée par le fait qu’au 20 et au 21e siècle, les dirigeants, les gouvernements et les systèmes économiques n’ont pas réellement été au service des populations. Jusqu’à aujourd’hui, la volonté de procéder à des changements radicaux a fait défaut. Par conséquent, quand on naît dans la pauvreté, on y reste souvent coincé.

Que pensez-vous des politiciens sud-africains qui ont déclaré que le sida pouvait être guéri grâce à la médecine traditionnelle?
Quand Tabo Mbeki a été président de l’Afrique du Sud, sa ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, a soutenu que le sida pouvait être traité avec des vitamines, de l’ail, du jus de citron, de la betterave et de l’huile d’olive. Il est choquant de constater qu’une personne qui occupe un poste aussi important puisse adopter une telle position. Un grand nombre d’Africains se méfient de la médecine occidentale. Et comme elle est pour eux difficile d’accès et chère, beaucoup se tournent vers les guérisseurs des médecines traditionnelles africaines. J’aimerais que les gens aient la possibilité d’avoir accès à la médecine moderne s’ils en ont besoin. Ce devrait être un choix personnel, mais plusieurs millions de personnes n’ont même pas la possibilité de faire un tel choix.

Comment en êtes-vous venue à défendre la cause des enfants atteints du sida?
J’ai participé en 2003 au concert marquant le lancement de la campagne contre le VIH/sida 46664 de Nelson Mandela. Après ce spectacle, tous les artistes étaient invités à le rejoindre sur Robben Island, l’île où il a été confiné durant la plus grande partie des 27 ans qu’il a passés en prison. Mandela a qualifié la pandémie de sida de «génocide» tuant des millions de personnes, dont des femmes et des enfants.

C’est à cette occasion que j’ai vraiment réfléchi à la question. Comme nous vivons dans des sociétés qui font une fixation sur la célébrité, la mort de millions de person­nes atteintes du sida fait rarement la manchette chez nous. C’est un scandale. Depuis 2003, j’ai rencontré des malades dans des clini­ques, des hôpitaux, des orphelinats, et je me suis rendue chez les gens, dans des villes et dans des zones rurales. Après avoir constaté l’ampleur du problème, il m’a été impossible de faire comme si je n’en avais pas conscience.

Un grand nombre d’organis­mes de charité œuvrent à l’éradication du sida. Quelle est votre contribution au combat qui est mené contre cette maladie?
L’une de mes forces est que je suis, pour ainsi dire, ma propre campagne. J’amasse des fonds, évidemment, mais j’ai aussi une plateforme internationale et je peux effectuer mon travail de sensibilisation sans interruption, ce qui n’est pas toujours possible pour un organisme d’une certaine taille.

Que peuvent faire les enfants d’autres pays pour aider?
Je pense que la première chose à faire est de se renseigner pour savoir ce qu’est réellement le VIH et ce qu’est le sida, comment il se transmet et comment cette maladie affecte la vie de ceux qui en sont atteints. De cette façon, on s’éduque soi-même et on comprend la différence qui existe entre partager un verre avec quelqu’un et partager une seringue! Il y a de nombreux mythes urbains et bien des idées fausses qu’il est important de faire disparaître.

En 2007, vous avez eu l’idée de Sing, une chanson à laquelle 23 chanteuses ont collaboré, afin de financer la campagne de lutte contre le sida TAC. Peut-on s’attendre à une initiative similaire dans un proche avenir?
Je l’espère. Vous savez, j’ai bien des idées sur la façon d’utiliser la musique pour sensibiliser les gens à cette question et pour amasser des fonds. Ce que je veux, c’est que des changements constructifs puissent avoir lieu.

www.annielennoxsing.com

Tags : Enfance

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