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Sierra Leone: une mission pour Médecins sans frontières

Une fillette recevant un traitement contre la malaria dans un centre de soins intensifs de MSF. Sa condition a été aggravée par l’ingestion d’herbes que lui a données un médecin traditionnel. Ce cas est loin d’être exceptionnel, affirme Monica Thallinger, pédiatre œuvrant pour MSF.

Publié: 17 novembre 2008 05:00
Mis à jour: 17 novembre 2008 01:08
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D’après les Nations unies, la Sierra Leone est le pire pays où vivre. Métro a suivi Médecins sans frontières (MSF) dans ce pays où l’organisme travaille à l’amélioration des conditions de vie.

 «C’est ce que je voulais faire depuis longtemps», confie Monica Thallinger, une pédia­tre norvégienne de 29 ans qui en est à sa première mission avec MSF.

Monica Thallinger aime son travail à MSF, même s’il n’est pas tout à fait comme celui qu’elle occupait à l’hôpital de Fredrikstad, en Norvège. «Mon travail est intéressant et très valorisant, même s’il est ardu», dit-elle.

La malaria n’est qu’une des maladies qu’elle n’avait jamais eu à traiter en Norvège, et la mortalité infantile au centre de santé de Gondama, à proximité de Bo, est beaucoup plus élevée que dans son pays. Deux ou trois enfants meurent chaque jour parce que de nombreux parents attendent trop longtemps avant de demander de l’aide. Avant même d’arriver à la clinique, il est souvent trop tard. «En Norvège, il est rare qu’un enfant meure; alors c’est éprou­vant», affirme la pédiatre. 

La situation s’est cependant améliorée depuis que MSF s’est installé dans la région. Monica Thallinger n’ose pas imaginer ce que les gens deviendraient si MSF n’était pas là.

Deux maladies au lieu d’une
Un grand nombre de médecins traditionnels ont vu leur nombre de patients diminuer depuis que MSF a commencé à offrir des soins de santé gratuits, mais il se trouve que les patients souffrent de deux maladies, lesquelles pourraient en fait se réduire à une seule.

«Les plantes médicinales traditionnelles sont très po­pulaires. Certaines d’entre elles sont efficaces. Toutefois, les patients sont intoxiqués lorsqu’ils se présentent ici, car ils en ont consommé pendant des mois», explique Monica Thallinger. Malgré tout, elle estime que son travail est très gratifiant. «On voit des enfants prendre du mieux, même s’ils étaient très malades à leur arrivée, témoigne-t-elle. C’est très valorisant de voir que la plupart d’entre eux recouvrent la santé.»

La malnutrition est un autre problème répandu dans la région. «Je me souviens d’une patiente en particulier, raconte Thallinger. J’avais déjà vu des enfants souffrant de malnutrition, mais elle, elle n’avait que la peau et les os. Pour une raison que j’ignore, elle s’est accrochée. Son état était trop instable pour qu’on lui fasse subir des rayons X, mais nous lui avons donné des médicaments contre la tuberculose. Deux semaines plus tard, elle souriait. Main­tenant, elle est en santé et court partout, comme tous les enfants. On ne dirait pas qu’elle a été malade.» 


  • Mohamed Sandi s’est enrôlé
    pour combattre la malaria

Mohamed Sandi, un charpentier, ouvre une boîte de gants en latex, en enfile une paire et pique le doigt de Massah, une fillette de deux ans fiévreuse.

Une gouttelette de sang est déposée sur un dispositif qui sert à faire un test de malaria, un peu semblable à un test de grossesse acheté à la pharmacie. M. Sandi regarde avec attention le signal numérique. «C’est positif», dit-il après 15 minutes.

À ce moment, Massah a déjà oublié la douleur à son doigt et agrippe l’emballage métallique des médicaments anti-malaria comme s’ils étaient des bonbons. M. Sandi est l’un des 140 volon­­taires formés par MSF pour diagnostiquer et traiter la malaria.

Il peut aussi référer des patients à la clinique, dont les femmes enceintes. «Parfois, il y a des personnes vraiment faibles, et certaines saignent du nez, alors je les envoie à la clinique», explique M. Sandi.

Un vif succès
Au cours de la prochaine année, le nombre de volontaires devrait doubler et atteindre 300, le projet remportant un vif succès. «La malaria était très fréquente ici. Il pouvait y avoir sept ou huit cas par semaine. C’est mieux maintenant, indique M. Sandi. Je ne suis pas un médecin, mais les gens ici m’appellent Docteur.»

Chacun peut être volontaire tant qu’il est dévoué. La tenue d’un journal et la collecte de statistiques sont essentielles au travail. En retour, les autres villageois fournissent de la nourriture et entretiennent le jardin des volontaires.

Un hôpital dirigé par MSF
Les cas les plus sévères sont référés au Gondama Referral Center, un hôpital à l’extérieur de Bo dirigé par MSF. C’est le deuxième plus importante de la Sierra Leone. Le centre offre des soins gratuits pour les enfants et les femmes enceintes.
«Une césarienne à l’hôpital du gouvernement coûte 100 $, et les patients ne peuvent se le permettre», dit Noemie Larsimont, la médecin belge responsable du centre.


  • 900 000 enfants meurent
    de la malaria chaque année

En Sierra Leone, la malaria constitue la principale cause de décès des enfants de moins de 5 ans.

Des statistiques compilées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) expliquent en partie la raison de ce fléau : seulement 5 % des enfants de moins de 5 ans dorment sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide. Le pourcentage est plus élevé dans les alentours de Bo, où MSF a fourni 65 000 moustiquaires aux communautés. Selon une enquête réalisée l’an dernier dans la région où MSF œuvre, les deux tiers des enfants dorment sous une moustiquaire. En 2007,
le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans a diminué de deux tiers par rapport à 2006.

La malaria touche plus particulièrement les enfants. On estime qu’elle tue près de
1 000 000 de personnes en Afrique, dont 900 000 enfants de moins de 5 ans. En outre, la malaria est la maladie des pauvres et... une cause de pauvreté. L’OMS estime que la malaria coûte annuel­lement 12 G$US à l’Afrique. Briser ce cercle vicieux est aussi facile qu’interrompre le cycle de vie de la malaria. Il n’y a pas de vaccin contre cette maladie, mais les insecticides, les moustiquaires et les médicaments font partie de la solution. 

Toutefois, le PIB par habitant de la Sierra Leone ne s’élève qu’à 600 $US, et les dépenses de santé dépassent à peine 3 % du PIB, soit 20 $US par personne annuellement. Ceux qui n’ont pas accès à des soins de santé adéquats doivent trouver d’autres moyens de se soigner. Les habitants de Bo et des environs sont choyés, car MSF offre des soins de santé gratuits aux enfants et aux femmes enceintes.


  • Des crises oubliées, selon MSF


Myanmar. L’aide humani­taire y est limitée depuis la prise du pouvoir par les militaires en 1962. Malgré des besoins criants, peu d’organismes de secours œuvrent dans ce pays. Le gouvernement n’alloue qu’une faible part de son budget à la santé.

République centrafricaine. La crise politique a provoqué l’effondrement du système de soins de santé. La pauvreté cause des maladies.
 
Colombie.  Après plus de 40 ans de guerre civile contre des groupes militaires, plus de 3 000 000 de personnes ont fui leur domicile. On force les enfants à devenir soldats.
 
République démocratique du Congo. L’un des pays les plus pauvres du monde. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont fui leur domicile depuis un an. La prévalence de la malnutrition et de la malaria est élevée chez les Congolais.
 
Somalie. Même si le chaos règne dans ce pays depuis 15 ans, l’aide humanitaire a décru. La violence rend la situation difficile pour les organismes d’aide.

Sri Lanka. Le conflit opposant le gouvernement aux rebelles tamouls Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) a durement frappé les civils. Les bombardements, les mines et les attentats suicides sont le lot quotidien de la population.

Tchétchénie. La situation dans le Caucase est encore instable malgré la fin de la guerre contre la Russie. Les soins de santé de base demeurent insuffisants.
 
Zimbabwe.
L’instabilité politique, l’inflation et la pénurie de denrées alimentaires ont affaibli le pays. Trois millions de personnes ont déserté le Zimbabwe. Les perspectives d’avenir ne sont par reluisantes, car le personnel médical quitte aussi le pays.


 

 




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