Autrefois idolâtrée parce qu’elle donnait la vie, la femme fut ensuite dominée par l’homme, qui voulait s’assurer qu’elle reste chaste. Aujourd’hui, qui détient le pouvoir sexuel? L’acte sexuel chez les adultes humains n’a plus pour seul but la reproduction de l’espèce. L’avènement de la contraception a donné à la femme du pouvoir sur ses désirs de fertilité. Depuis, les mœurs sexuelles changent rapidement.
Nos mœurs ne sont plus gérées par la religion, elles le sont par les médias et par le commerce lucratif du sexe. Nous sommes bombardés d’images sexuelles, de vidéoclips chargés de chorégraphies érotiques, de pubs montrant un homme qui devient irrésistible s’il porte tel parfum devant des femmes avides de plaisir sexuel, un verre d’alcool à la main... Les hommes comme les femmes sont maintenant des objets de consommation sexuelle. Est-ce cela, l’égalité des sexes?
Séduction, désir et sexe
La sexualité ne répond pas seulement à un besoin physique, elle comble aussi des besoins psychologiques. Celui d’être valorisé en est un. Celui d’être reconnu comme objet de désir en est un autre, qui peut être comblé par le côté sexuel de la séduction, jusqu’à la rencontre intime et génitale.
Tout le monde veut être désiré. Chacun exhibe ses attributs et cherche la reconnaissance de l’autre. L’homme et la femme, dans le couple qu’on nous vend, tiennent éperdument à leur rôle d’acteurs et se font leur cinéma... parfois devant une webcam. La femme participe à nl’égocentrisme érotique; l’homme, à la schizophrénie hédoniste. Chacun de leur côté, ils échafaudent des fantasmes où ils sont, évidemment, irrésistibles.
En finir avec le besoin de l’autre... Et si l’objectif était d’utiliser son partenaire comme on utilise un objet sexuel? De cette manière, on se protège du jugement de l’autre, puisqu’aucune valeur réelle ne lui est accordée. En prime, il y a une protection garantie contre l’abandon. L’anxiété d’abandon est plus vive si on investit l’autre sur le plan émotif. Elle est donc réduite s’il n’y a pas d’investissement émotif. Existe-t-il une manière plus rassurante de contrer la peur de l’abandon que de ne pas accorder d’importance à son partenaire? Le dilemme, c’est que l’autre, même réduit au statut d’objet sexuel, reste indispensable pour atteindre le plaisir.
L’hypersexualisation des ados contre le l’abandon
L’hypersexualisation des adolescents serait donc une forme de protection contre le risque d’être abandonné par l’objet d’amour. En baisant sans aimer, les enfants du divorce trouvent leur compte?: ils restent sexuels, confirment leur identité de femme ou d’homme, sans s’exposer au rejet qu’ils ressentent toujours dans la famille éclatée.
Les adolescents sont fragiles, puisqu’ils en sont encore à forger la base de leur identité. L’importance qu’ils accordent aux jugements de leurs pairs dévoile un narcissisme vulnérable. Cela peut rendre difficile l’établissement d’une intimité affective, par crainte de l’abandon. Nous, adultes, qui sommes-nous pour les juger? La musique, le cinéma, la mode ne sont-ils pas des entreprises d’adultes? D’une main, on encourage, et de l’autre on punit, on moralise.
Qui a donc le pouvoir?
Le pouvoir sexuel se trouve-t-il du côté de la femme en couple qui daigne bien dire oui au lit, ou du côté d’un homme qui l’oblige, car il refuse d’entendre un «non»? Le pouvoir est-il du côté du jeune Adonis qui soulève des dizaines de kilos et qui fait l’envie de l’homme andropausé? Ou de celui de la femme fatale, du haut de ses 16 ans, qui frustre les garçons de sa classe, car elle n’a d’yeux que pour son prof de gym? Tant qu’il y aura un «marché du désir», il y aura la force du désirable et l’exploitation du désiré, tous sexes confondus.