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Dans le film Vol au-dessus d’un nid de coucou, le personnage de Jack Nicholson subit une lobotomie.


Apprendre des erreurs du passé

07 octobre 2008 05:00

En 1949, le prix Nobel de physiologie et de médecine fut accordé à Antonio Egas Moniz, pour avoir perfectionné la leucotomie préfrontale (mieux connue sous le nom de lobotomie). Egas Moniz perçait des trous dans le cortex préfrontal de certains malades et y injectait de l’alcool afin de détruire des tissus cérébraux.

Walter Freeman continua le travail du Dr. Moniz en développant une technique plus simple et moins coûteuse ne nécessitant pas d’anesthésie ni de salle d’opération. À coups de maillet, il insérait un pic à glace sous la paupière et balayait le cerveau de gauche à droite, tel un essuie-glace. À l’époque, des dizaines de milliers de personnes ont subi cette procédure.

Afin de bien comprendre la popularité de la lobotomie, il faut savoir qu’il n’existait alors aucun traitement pour les maladies psychotiques comme la schizophrénie. Certains patients ont pu bénéficier de la thérapie par électrochocs, mais ses effets étaient habituellement temporaires. Aucune médication n’avait encore été mise au point. La plupart des patients se voyaient emprisonnés dans leur monde rempli de démons, de paranoïa et de confusion. Certains étaient si agités ou agressifs qu’ils devaient être immobilisés à l’aide de camisoles de force ou retenus dans leur lit avec des sangles. La lobotomie constituait une autre forme d’immobilisation… permanente, celle-là.

La lobotomie transformait les malades agressifs ou difficiles en des patients dociles et traitables. Pensez au personnage de Jack Nicholson dans le film Vol au-dessus d’un nid de coucou. Le milieu psychiatrique continua d’utiliser cette procédure jusqu’à ce qu’il devien­ne évident qu’elle ne produisait aucune guérison. Pire encore, plusieurs patients sont devenus «légumes» à la suite de lésions cérébrales.

Contexte historique

Il est tentant de blâmer les Dr Moniz et Freeman, ainsi que leurs collègues, pour ce chapitre malheureux dans l’histoire du traitement des maladies mentales, mais on doit le replacer dans son contexte historique.

S’ils ont pu mettre en pratique la lobotomie à une si grande échelle, c’est principalement parce qu’à cette époque, il n’existait pas, pour ainsi dire, de pensée critique dans les questions de traitement psychiatrique. Puisque les patients étaient souvent incapables de parler en leur propre nom, il s’avérait aisé de les considérer comme des êtres inférieurs, pratiquement moins qu’humains.

L’accent fut alors mis sur les besoins des proches et de l’entourage d’une personne psychotique, en vue de faciliter la gestion de son comportement. Savoir à quel point la procédure pouvait diminuer le bien-être du patient devenait une question d’ordre secondaire.

Je raconte cette histoire parce que la compréhension des erreurs du passé nous permet d’améliorer les connaissances scientifiques et de développer des traitements efficaces. Plus important encore, cette compréhension nous aide à améliorer notre attitude vis-à-vis des personnes attein­tes de maladie mentale et souligne l’importance de respecter leurs droits.

www.douglas.qc.ca



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