Le Model T de Ford célébrera ses 100 ans mercredi. Un siècle, déjà, que ce tout premier véhicule à être assemblé sur des chaînes de montage est venu révolutionner le monde. Et pas seulement le monde automobile…
Le grand patron Henry Ford l’a toujours clamé haut et fort : son Model T, destiné au grand public, allait motoriser l’Amérique. À l’époque, il faut bien le dire, les voitures étaient le lot des mieux nantis.
C’est le 1er octobre 1908 que le tout premier Model T a émergé de l’usine Piquette, à Detroit. Son coût d’achat était fixé à 850 $.
Personne n’aurait pu imaginer à quel point ce «carrosse à moteur» allait révolutionner la planète, tant sur le plan de la mobilité ou de l’industrialisation que de la prospérité. En effet, outre le fait qu’il était durable – encore aujourd’hui, des milliers d’exemplaires sont en état de rouler –, le Model T a pratiquement créé la classe moyenne.
Grâce à lui, le mode de vie de millions de citoyens allait être bouleversé, puisque ceux-ci allaient être en mesure de se déplacer plus rapidement, plus librement.
20 chevaux, 60 km/h
Le premier Model T misait sur un moteur quatre cylindres de 2,9 litres développant 20 chevaux. Sur ses roues faites de bois, il pouvait circuler à une vitesse maximale de 60 km/h.
Il n’était cependant pas de tout repos à conduire, avec ses deux pédales au plancher et ses leviers à la colonne de direction, dont l’un servait d’accélérateur (les Model T subséquents allaient miser sur trois pédales et un seul levier).
Une révolution
Les ventes ont explosé, tant et si bien qu’en moins de deux ans, l’usine Piquette est devenue trop petite. Les installations déménagent donc à l’usine de Highland Park où, en 1913, un procédé de fabrication révolutionnaire allait être implanté : la chaîne de montage mobile.
L’histoire veut qu’un collaborateur de Henry Ford ait visité un abattoir où, pour y être dépecées par étapes, les carcasses d’animaux circulaient sur un tapis roulant. Cette idée qu’une personne est plus efficace si elle effectue toujours la même tâche a donné naissance à la chaîne de montage automobile moderne. Et du coup, les Model T n’ont demandé qu’une petite heure et demie d’assemblage par unité – plutôt que 14 heures.
Un autre pas vers la «démocratisation automobile» venait ainsi d’être accompli.
Pourvu que ce soit noir!
Parce qu’il était en mesure de fabriquer chaque année 16 fois plus de véhicules (160 000 unités en 1913, contre 10 000 en 1909), Ford a pu réduire le prix d’étiquette de son Model T à 500 $.
C’est à cette époque que Henry Ford aurait déclamé sa célèbre tirade : «Vous pouvez choisir n’importe quelle couleur pour votre Model T, pourvu que ce soit le noir.» Cette standardisation de la teinte de la carrosserie, qui visait à accélérer la cadence de production, a fait en sorte que de 1914 à 1925, tous les Model T produits étaient noirs.
La voiture du XXe siècle
Le phénomène Model T a poursuivi sur sa lancée. Ford «mettait l’Amérique en route» et, en 1921, deux véhicules sur trois vendus sur le continent étaient des Model T. Si l’on tient compte de l’ensemble de la production mondiale automobile cette année-là, le Model T en a représenté plus de la moitié.
Au fil des 19 ans durant lesquels il était produit, le Model T s’est évidemment transformé. On a eu droit à des versions camionnette, des fourgons de prisonniers, des voitures de police, des ambulances. On l’a même transformé en motoneige.
Au tournant de notre nouveau millénaire, un panel international de plus de 130 journalistes et experts a jugé que, parmi 700 candidats, c’était le Model T qui avait eu la plus grande influence sur l’industrie automobile. Le premier véhicule de production de Ford a donc été nommé «La voiture du XXe siècle».
Voilà qui incite à se demander quel véhicule réussira à laisser à ce point sa marque au cours du siècle actuel…
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