Quand on voyage sur un bateau en Arctique, il arrive que le froid gagne les cabines au petit matin et réveille ses occupants, les obligeant à se lever bien plus tôt que prévu. Cependant, un réveil matinal présente l’avantage de voir la nature en plein éveil et de pouvoir regarder le soleil se refléter sur une mer elle-même à peine réveillée par les remous du bateau.
Puis, à mesure que le cocon de brume matinale se retire, nous découvrons un paysage grandiose: un fjord. Alors que je profitais de la tranquillité du matin pour absorber chaque image du panorama sur le pont avant, Geoff s’est approché de moi pour me murmurer ceci: « Aucun mot d’aucune langue ne peut raconter ce qu’il nous est permis de voir » (phrase que je peux désormais confirmer lorsque je vois à quel point il est dur de trouver les bons mots.)
Alors faites appel à votre imagination quelques instants et imaginez-vous en train de naviguer sur un bras de l’océan, une minuscule ramification de cette immense étendue d’eau. De chaque côté de votre bateau se dressent des falaises majestueuses sculptées de part et d’autre par d’immenses chutes d’eau. Enfin, au loin, un Inukshuk apparaît à l’horizon, une de ces énormes statues de pierre qui vient nous rappeler le passé de ces terres, chargées d’histoire et d’énergie.
Benjamin Tur – 17 ans, France
Je viens tout juste de réaliser que sur les mers, il n’y a aucun moment de pur silence. Il y a toujours le bruit et les vibrations des moteurs du bateau, accompagnés du vent et des vagues qui s’entremêlent, mais tout nous semble quand même si paisible. J’en viens à oublier le son du moteur et je peux entendre les vagues qui viennent se fracasser contre la coque du bateau, les oiseaux qui font la course au navire et même le vent qui fait valser les drapeaux ornant notre navire.
Ce matin, comme tous les autres matins, avant le début de notre séance de yoga nordique sur le bateau et avant que tout le monde se lève, je suis allée sur le pont. Quel sentiment incroyable que d’être seule dans le quasi-silence du matin et de voir soudainement le brouillard se lever au fur et à mesure que le soleil se réveille et commence son travail. C’est comme lorsque le rideau se lève sur un spectacle pour laisser paraître une magnifique mise en scène. Puis, le bateau a quitté le fjord d’Iterbilung et juste comme nous partions, le rideau de brume s’est refermé sur ce paysage grandiose comme à la fin d’une représentation.
Lorsque nous naviguions à travers la vallée creusée par le mouvement des glaciers, j’ai eu le sentiment d’être tellement petite dans toute cette grandeur. Pendant que je constatais la force incalculable de la nature, je pouvais ressentir en même temps toute sa fragilité, alors que j’admirais les impressionnantes chutes d’eau créées par la fonte des glaciers.
Après avoir quitté le fjord, nous avons navigué en terrain mal cartographié, car très peu d’explorateurs s’y étaient rendus auparavant. C’est incroyable de penser que mon regard se pose où peu d’autres l’ont fait. Tout est à découvrir, surtout que ces terres sont en pleins bouleversements et en constants changements dus aux perturbations climatiques.
Je dois dire que le paysage est à couper le souffle, ce qui rend l’écriture bien difficile… comment arriver à décrire ces paysages? Généralement, nous associons une couleur à un paysage: bleu pour la mer, beige pour le désert, vert pour la jungle, blanc pour l’Arctique, etc. Pourtant, à chaque découverte, je suis époustouflée de constater qu’en fait, ces paysages recèlent des palettes entières de couleurs.
Aujourd’hui, j’aurais pu croire qu’un peintre était passé pour étaler toutes les sortes de blancs et de bleus sur les glaciers, puis qu’il avait ensuite usé de toutes les teintes de vert, beige, terre, orange, rouille, rouge, gris et noir pour les montagnes et les vallées. L’océan, quant à lui, nous a aussi révélé une nouvelle coloration turquoise que je n’avais jamais vu auparavant.
Delphine Rémillard Labrosse – 20 ans, Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec



