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Chéri, j’ai congelé les enfants


Publié: 02 septembre 2010 17:29
Mis à jour: 03 septembre 2010 08:50
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L’an dernier, la petite Stella Biblis est née. Vingt-deux ans plus tôt, son père Chris, alors adolescent, avait congelé son sperme. Atteint de la leucémie, il savait qu’il risquait de devenir infertile. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes patients font le même choix  Il y a aussi de plus en plus d’espoir pour les femmes.

Quand Chris Biblis a reçu son diagnostic de leucémie à l’âge de 16 ans, les docteurs savaient qu’il ne pourrait survivre qu’en recevant des traitements de radiation. Malgré son jeune âge, Chris devait se rendre à l’évidence : il allait devenir infertile. C’était en 1987. Chez lui, en Alabama, sa mère est tombée sur un article traitant de docteurs britanniques qui congelaient du sperme. Elle a pensé que son fils devait faire de même pour se donner une chance de fonder une famille. «J’ai pensé que c’était une bonne idée, se rappelle Chris. Mais c’était aussi très embarrassant pour un gars de mon âge!»

La décision de Chris, alors inusitée à l’époque, a porté fruit. L’an dernier, sa femme et lui sont devenus les parents d’une petite Stella en pleine santé. Elle a été conçue en utilisant le sperme de Chris, vieux de 22 ans. «C’était comme n’importe quelle fécondation in vitro, explique Melodie, la femme de Chris. Quand nous avons pris la décision, nous ne nous sommes jamais demandé si c’était bizarre ou non d’utiliser du sperme d’il y a 22 ans!» Un seul bébé a été conçu avec du sperme plus vieux que celui de Chris parce qu’en 1987, la congélation du sperme était encore une pratique marginale. Aujourd’hui toutefois, la pratique est courante. On demande souvent aux patients atteints de cancer de donner du sperme pour le garder jusqu’au moment où ils seront prêts à fonder une famille.

La pratique est aussi plus courante puisque, maintenant, le taux de survie des enfants et des adolescents aux prises avec le cancer atteint 80 %. «Avoir un enfant est sans doute loin dans les priorités d’un adolescent, avance le Dr Richard Wing, qui est à la tête de Reproductive Endocrinology Associates, à Charlotte, en Caroline du Nord. Mais la chimiothérapie et les radiations rendent souvent infertile. Et on peut désormais congeler du sperme pour des décennies», continue le médecin qui a permis à Chris et à Melodie d’avoir un enfant.

Les femmes survivant à un cancer peuvent aussi entrevoir un avenir plus rose pour la conception. On peut congeler les ovules avec une méthode plus rapide, ce qui leur permet d’être plus viables. En ce moment, environ un ovule congelé sur cinq aboutira à une grossesse. «Mais la chose est plus complexe que ça, explique le Dr Wing. La viabilité des ovules dépend aussi de la progression du cancer.» Par les années passées, les jeunes patientes avaient le choix de congeler leurs ovules (avec peu de chances de succès par la suite) ou de les fertiliser avec le sperme d’un donneur.

Même si, aujourd’hui, les chances de concevoir un enfant après un cancer sont plus grandes que jamais, certains patients décident de dire non. «Je dirais qu’environ 25 % des patients, autant des hommes que des femmes, choisissent de ne pas préserver leur fertilité», souligne le Dr Kutluk Oktay, directeur de l’Institute for Fertility Preservation au New York Medical College. Il y a plus de 20 ans, en donnant son échantillon de sperme, Chris ne pensait pas du tout à la petite Stella, qui fait aujourd’hui ses dents. «Je me considère comme très chanceux d’avoir survécu à mon cancer, mais je suis encore plus chanceux d’être papa.»


Plus d’options


Métro s’est entretenu avec Safaa Maxwell, du London Fertility Centre.

Le cancer affecte-t-il davantage la fertilité des hommes ou des femmes?
Des femmes. On estime qu’environ 80 % des hommes atteints d’un cancer des testicules pourront concevoir. Les femmes atteintes d’un cancer sont parfois traitées pour plusieurs années, ce qui fait qu’à terme, il est souvent trop tard pour elles.

La congélation rapide des ovules est une option prometteuse pour les femmes. Quelles autres méthodes sont à l’étude?
La congélation des tissus ovariens. L’ovaire est retiré et congelé. On peut par la suite le transplanter dans le corps en santé, où il pourra fonctionner à nouveau. Il y a aussi la maturation in vitro, qui consiste à prélever des ovules chez les jeunes patients pour les rendre matures en laboratoire. Ce procédé est même tenté avec des patientes de cinq ans.


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