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Doit-on s’inquiéter du dopage étudiant?

  Métro

Dans les faits, une très faible minorité des collèges américains sondés en 2005 affichent un taux de consommation de 25 %. Les chiffres sont généralement beaucoup moins élevés.


25 novembre 2009 00:00
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Alors que les examens de fin de session approchent à grands pas, les étudiants feront-ils usage de «smart drugs», comme le Ritalin, le Dexedrine et l’Adderal, pour améliorer leurs performances académiques? Même si un chercheur australien concluait récemment qu’il faudra bientôt songer à une politique antidopage dans les universités, la situation n’est pas encore préoccupante dans les universités québécoises, évaluent le professeur de psychopharmacologie à l’UQAM Marc-André Bédard et le professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal Jean-Sébastien Fallu.



Stimulants, nosotropes et cie

Smart drugs et nootropes : deux groupes de substances à ne pas confondre. Comment agissent-ils et quels effets indésirables ont-ils? Les smart drugs ou psychostimulants sont des substances dérivées des amphétamines. L’exemple le plus connu est le Ritalin.

Chez le sujet en santé, l’effet est rapide. Ces produits améliorent la vigilance et prolongent l’éveil, décrit Diane Lamar­re, présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec. Ils permettent à ceux qui les prennent de passer une nuit blanche à s’acharner sur leurs notes de cours.

La somnolence qui est associée à la fin de dose est moins attrayante, surtout quand elle survient durant l’examen du lendemain. Sans compter la dépendance psychologique et le risque de troubles cardiaques graves, souligne Mme La­marre. «Il n’est pas prouvé que ces produits augmentent la mémoire», précise-t-elle. Les psychostimulants n’ont au-?cun effet sur le rendement intellectuel, ajoute Marc-André Bédard, professeur de psy?chopharmacologie à l’UQAM.

De tels pouvoirs sont plutôt attribués à une catégorie fourre-tout, les nootropes, qui comprend autant les médicaments associés à l’alzhei­mer que des produits en vente libre comme le ginkgo biloba ou la lécithine. Les nootropes feraient aussi partie de la pharmacie estudiantine.

Les nootropes seraient moins tentants que les smart drugs, estime Mme La­marre. Ainsi, les médicaments prescrits pour traiter l’al­zheimer doivent être utilisés pendant des semaines d’être efficaces. Et comme les psychostimulants, ils ont leur lot d’effets secondaires sur le système cardiaque.

Smart drugs à l'université: une tempête dans un verre d'eau

Les étudiants sont si nombreux à consommer des psychostimulants pour améliorer leur performance académique qu’il faudra bientôt songer à une politique antidopage dans les universités, concluait récemment un chercheur australien. «Une tempête dans un verre d’eau», croit Marc-André Bédard.

La tempête est également alimentée par une statistique : jusqu’à 25 % des étudiants universitaires américains consommeraient des smart drugs comme le Ritalin, le Dexedrine et l’Adderal, selon un rapport  publié en 2005 dans la revue Addiction.

Il faut se demander qui, parmi ces étudiants, utilise ces médicaments dans l’espoir d’améliorer ses résultats scolaires, dit M. Bédard, professeur de psychopharmacologie à l’UQAM.

Cinq pour cent
En fait, une très faible minorité des collèges américains sondés en 2005 affichent un taux de consommation de 25 %. La médiane se situe autour de 5 %, évalue Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, spécialiste en étiologie et
en prévention des toxicomanies.

Trois motifs expliquent la par les étudiants, dit Marc-André Bédard. Certains ont une prescription en règle. D’autres se les procurent par la bande pour des raisons non médicales. L’usage récréatif est le plus répandu. Les stimulants sont alors pris en cocktail avec diverses substances, précise le chercheur de l’UQAM.

L’usage pour des motifs académiques est moins bien connu. Combien sont-ils à en prendre, de ce côté-ci de la frontière? «Au Québec, on n’a pas vraiment de données», indique Jean-Sébastien Fallu.

Aux États-Unis, des études effectuées entre 2003 et 2008 sur la consommation universitaire non médicale de médicaments sous ordonnance indiquent des taux allant de 3?% à 6 %, pour les usages récréatifs et académiques. Ces proportions sont comparables à celles observées dans l’ensemble de la population américaine des 18 à 25 ans, déclare M. Bédard.

Et les sédatifs (comme le Valium) sont aussi populaires chez les étudiants. En fait, les dérivés de l’opium (morphine, codéine, par exemple) ont davantage la cote, avec quelque 10 % d’adeptes.

Pas de la fiction
Quoi qu’il en soit, la situation n’est pas encore préoccupante dans les universités québécoises, évaluent les deux experts. Mais le phénomène n’est pas une fiction, confirme Diane Lamarre, présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec. Le Ritalin est prescrit depuis plusieurs années pour réguler le trouble de déficit de l’attention et l’hyperactivité chez l’enfant.

Les enfants d’hier étant devenus adultes, «de plus en plus de jeunes universitaires prennent ce type de psychostimulants, et ce sont des médicaments dont on peut abuser ou qu’on peut renouveller à outrance», dit Mme Lamarre.

Si ces substances se retrouvent entre les mains de jeunes à qui on ne les a pas prescrites, la pression sociale y est pour quelque chose, dit Jean-Sébastien Fallu. «Les discours à la Lucien Bouchard, la pression accrue pour inciter à la performance font que les jeunes s’aident avec des
substances.»

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