Appelée mesurage net, cette option permet à des autoproducteurs détenant panneaux solaires, éoliennes ou autre système de production d’énergie renouvelable d’injecter leurs surplus dans le système d’Hydro-Québec. Ils obtiennent en échange des crédits sous forme de kilowattheures (kWh), valides pour une période de 24 mois. Seule la consommation d’énergie en provenance du réseau d’Hydro-Québec leur est facturée.
Résidant de Kirkland, Brian Wilkinson a adhéré au mesurage net quelques semaines après sa mise sur pied. Le président et fondateur de Matrix Énergie, une compagnie de distribution et de fabrication de matériel nécessaire à la production d’énergie renouvelable, attendait ce jour depuis 1985.
«Je voulais démontrer que l’autoproduction est possible, que ce n’est pas trop compliqué», explique l’homme d’affaires. Il s’est lancé dans l’aventure du mesurage net d’abord et avant tout pour acquérir une certaine indépendance énergétique à l’égard du système d’Hydro-Québec.
Au Québec, quiconque souhaite produire une partie de son énergie tout en demeurant raccordé au réseau d’Hydro-Québec doit adhérer au mesurage net. Les autoproducteurs sont autorisés à générer une quantité d’électricité équivalente ou légèrement supérieure à leurs propres besoins. Clients résidentiels, agricoles et d’affaires «de petite puissance» sont admissibles. Le plafond annuel équivaut à 130 000 kWh. À titre de comparaison, la consommation annuelle d’une maison unifamiliale oscille autour de 26 484 kWh.
Jusqu’à présent, le programme a surtout attiré des initiés, concède Hydro-Québec. «Ce sont surtout des gens préoccupés par l’environnement ou qui détiennent des connaissances techniques poussées», explique l’attachée de presse Hélène Laurin.
Complexe et peu rentable
Or, le mesurage net rime rarement avec rentabilité, du moins à court terme. Les économies sur la facture d’électricité pèsent peu comparativement au coût très élevé de l’équipement, de son installation et de son inspection, tous aux frais de l’autoproducteur. Seule l’installation d’un compteur à double registre est assumée par Hydro-Québec.
Bien que peu loquace à ce sujet, Brian Wilkinson affirme avoir déboursé de 15 000 $ à 20 000 $ pour son système. Celui-ci, composé de huit panneaux solaires – la forme d’énergie privilégiée par les Québécois adhérant au mesurage net –, lui permet de produire de 8 % à 10 % de l’énergie nécessaire au fonctionnement de sa maison.
«Pour le moment, au Québec, [installer un tel système] n’est pas une question de rentabilité. C’est purement un choix personnel», martèle cet apôtre de l’autoproduction, qui prévoit voir les bénéfices de son investissement dans quelques décennies.
Professeur de gestion à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau partage cet avis. En raison du prix des installations, «ça coûte certainement plus que 20 sous le kWh pour produire avec du solaire, par exemple, alors qu’Hydro-Québec crédite 6 ou 7 sous du kWh», illustre ce spécialiste des politiques énergétiques, qui y voit une perte financière.
Pas étonnant, donc, que les citoyens désirant faire leur part choisissent plutôt de réduire leur consommation, soutient quant à lui André Fauteux, éditeur de La maison du 21e siècle, une revue sur la maison écologique.
Pas une priorité ici
Hydro-Québec reconnaît que l’investissement initial des autoproducteurs est très élevé. Mais la société d’État refuse de se laisser émouvoir. «Le mesurage net est un service de plus que l’on offre […] pour faciliter l’autoproduction, fait valoir Hélène Laurin. Nous n’offrons pas cette option dans le but d’acquérir de nouveaux kWh.»
Au point de vue juridique, Hydro-Québec ne peut acheter de l’électricité sans qu’il y ait processus d’appel d’offres. Il lui est donc impossible d’emboîter le pas à l’Ontario et d’offrir des redevances aux autoproducteurs.
Mais ce n’est peut-être qu’une question de temps. «Des démarches sont en cours actuellement afin de développer d’autres façons de faire, assure la responsable des relations médias du ministère des Ressources naturelles et de la Faune, Hélène Simard. Tel que mentionné dans la Stratégie énergétique du Québec, le gouvernement veut aller encore plus loin et faire en sorte que les particuliers et les entreprises qui le souhaitent puissent vendre à Hydro-Québec l’excédent de leur production.»
«Pour Hydro-Québec, l’autoproduction sert essentiellement à faire taire les critiques selon lesquelles elle y est opposée, croit pour sa part Pierre-Olivier Pineau, qui estime que le mesurage net est d’abord une opération de marketing. Sur le plan international, c’est à la mode d’avoir de petits producteurs solaires ou de la micro-éolienne.»
Avantage Ontario...
Considérée comme le leader canadien en matière d’autoproduction d’électricité, l’Ontario pourrait lancer dès juin son programme de tarification incitative, une option qui fait saliver tant au Québec que dans la province voisine.
Contrairement au mesurage net, la tarification incitative autorise les autoproducteurs à vendre leur énergie. «Cette option vient de pays européens comme l’Allemagne, qui ont voulu et qui continuent de vouloir développer des solutions de rechange aux énergies fossiles. Ils se sont donc dit qu’ils allaient payer plus cher les gens qui produisent à partir de l’éolien, du solaire», explique le spécialiste des politiques énergétiques Pierre-Olivier Pineau, professeur de gestion à HEC Montréal.
Les redevances que l’Ontario prévoit verser à ses autoproducteurs sont alléchantes : les détenteurs d’éoliennes pourraient toucher entre 13,5 cents et 19 cents le kWh. Les autoproducteurs qui ont opté pour l’énergie solaire seraient les plus gâtés : chaque kWh vendu pourrait leur rapporter jusqu’à 80 cents.
Quelques pas en avant
L’Ontario n’en est pas à ses premiers pas en matière d’achat d’électricité auprès d’autoproducteurs. La tarification incitative remplacera le Standard Offer Program, qui permettait depuis 2006 aux détenteurs de sources d’énergie renouvelables de vendre leur production. Les redevances étaient toutefois moins généreuses. Le coût d’achat d’un kWh était de 42 cents pour l’énergie solaire et de 11 cents pour toute autre forme d’énergie.
«L’arrivée de la tarification incitative va peut-être me pousser à reconsidérer mon choix et à adhérer plutôt à ce nouveau programme», admet Mario de Castris, un Ontarien parmi la centaine qui a opté pour le programme de mesurage net offert dans la province. Sa maison de campagne, située à 30 minutes de route de Kingston, est essentiellement alimentée par 2 éoliennes et 10 panneaux solaires. Des ressources énergétiques qui lui permettraient d’amortir son investissement initial de 60 000 $.
Au Québec, rien n’indique que la tarification incitative soit dans les plans du gouvernement, au grand dam de l’autoproducteur québécois Brian Wilkinson, également fondateur et président d’une compagnie de fabrication et de distribution de matériel nécessaire à la production d’énergie renouvelable. «Le mesurage net, c’est mieux que rien. Je crois que les Québécois seraient plus nombreux à produire leur propre énergie si nous avions un programme comme la tarification incitative.»
Pas égaux
Le Québec et l’Ontario ne partent pas sur un pied d’égalité lorsqu’il est question de gaz à effet de serre (GES) émis par la production d’électricité, affirme le spécialiste des politiques énergétiques Pierre-Olivier Pineau. De là, peut-être, l’intérêt de l’Ontario à favoriser l’émergence de la filière de l’autoproduction. «C’est évident que notre production émet moins de GES, soutient Pierre-Olivier Pineau. Au Québec, on est à plus de 90 % à l’hydroélectricité.» À titre comparatif, l’énergie nucléaire, le gaz naturel et le charbon constituent environ 80 % de la production électrique ontarienne.
À la recherche de solutions
L’avant-gardisme ontarien en matière d’énergie renouvelable n’est peut-être pas si désintéressé, selon Pierre-Olivier Pineau, spécialiste des politiques énergétiques et professeur de gestion à HEC Montréal. «L’Ontario veut arrêter de faire de l’électricité avec du charbon. La province n’a plus de possibilité de faire de l’hydroélectricité. Donc, toutes les solutions de rechange sont mises à contribution. Ma deuxième hypothèse, c’est que l’Ontario veut augmenter sa production d’énergie nucléaire. Pour vendre cette idée, les dirigeants doivent montrer qu’ils font le maximum sur le plan des énergies renouvelables.»








