Alors que je travaillais au design d’un nouveau projet immobilier, le promoteur et moi avons réalisé qu’il fallait baisser les coûts pour répondre aux besoins d’un quartier abordable. Il fallait donc déterminer ce que nous pouvions éliminer. Faire deux chambres plutôt que trois, faire une cuisine plus petite… mes propositions ne lui convenaient pas. «Pourquoi pas la salle à manger?» a-t-il suggéré.
En y pensant bien, cette idée avait bien certains mérites. Il y a quelques générations, une salle à manger indépendante était un luxe que peu pouvaient se permettre. Pour la majorité, il était commun de prendre les repas dans la cuisine.
L’apogée de la salle à manger
Il y a une soixantaine d’années, dans les petites maisons de l’après-guerre, les constructeurs ont commencé à inclure une salle à manger séparée. Cet espace était adjacent à la cuisine. Les espaces plus formels sont revenus avec les années 1960, quand les nouvelles maisons destinées à la classe moyenne ont pris de l’expansion.
Cette évolution a aussi un sens démographique. À l’époque, les baby-boomers les plus âgés étaient adolescents, et manger en famille permettait d’échanger sur les événements de la journée. Dans les grandes réunions familiales, les invités restaient à table longtemps après la fin du repas.
Un déclin
Au milieu des années 1980, un changement s’est opéré?: les familles sont plus petites et le travail à l’extérieur a commencé à avoir la cote. Il est devenu de plus en plus difficile de remplir les chaises vides autour de la table. Le déclin de la salle à manger. Désormais sa gloire ne serait restaurée qu’une ou deux fois par année lors d’occasions spéciales.
Aujourd’hui, la salle à manger assure souvent un nouveau rôle : les enfants profitent de la grande table pour faire leurs devoirs, maman s’y installe avec son portable pour son travail de pigiste, reçus et factures recouvrent la table au temps des impôts... Avec l’accroissement des diverses tâches qu’une famille moderne doit accomplir, la salle à manger devient souvent, au moins temporairement, un substitut du bureau à domicile.
On réévalue de nos jours la perception d’une salle à manger formelle. Mais, alors que nous nous dirigeons vers une ère d’isolement, il est important que les familles aient des symboles de rassemblement. La salle à manger en est un. Que ce soit une fois par semaine ou plusieurs fois par année, y manger nous met dans un mode festif. Cela fait partie d’un rituel qu’on ne devrait pas abandonner.
Comme les vêtements que l’on porte pour une occasion spéciale et les bijoux que l’on sort de leur boîte une ou deux fois par année, la salle à manger est un espace à garder. Même peu utilisées, la table et les chaises envoient un message clair à propos de l’institution familiale.
Les repas ne doivent pas nécessairement être pris dans une pièce séparée. Les petites maisons et les appartements pourraient intégrer cette fonction à la salle familiale ou au séjour. C’est le design qui ferait toute la différence : les murs pourraient être peints différemment, un grand tapis pourrait être placé sous la table et un éclairage particulier pourrait souligner la fonction particulière de cet espace.





