La récession, tout comme la prospérité économique, influe sur le comportement social. Dans un contexte économique morose, on a plutôt tendance à demeurer chez soi. Le terme «cocooning» décrit ce phénomène de refocalisation de l’attention sur le foyer, qui a été facilité par la conception et l’aménagement des maisons au cours des dernières années.
Le développement urbain en tache d’huile a entraîné la création de collectivités de moindre densité. Moins de voisins signifie moins d’interactions. De plus, cette technique de planification a dissocié les activités résidentielles et commerciales, tout en causant la dépendance à la voiture. Au volant, on peut saluer les connaissances que l’on croise, mais pas s’arrêter pour discuter de tout et de rien.
Pendant la décennie suivant la Deuxième Guerre mondiale, la maison nord-américaine typique a été dépouillée d’un élément architectural important : la véranda. La véranda fait fonction d’instrument social, au même titre qu’un endroit pour s’asseoir.
Au cours des années suivantes, la plupart des fonctions extérieures ont été transférées à l’arrière de la maison tout simplement. Les arrière-cours étaient conçues pour combler une grande partie des besoins récréatifs des familles. À mesure que l’obsession de l’intimité croissait, les clôtures poussaient comme des champignons autour des cours. L’intimité nécessaire à l’établissement des relations de voisinage avait disparu.
De loin en loin
De surcroît, l’augmentation considérable de la superficie des maisons a donné d’autres occasions de pratiquer le cocooning. Le nombre excessif de fonctions et de gadgets a renforcé leur autonomie. Petit à petit, et peut-être même sans s’en rendre compte, on a rejeté toute forme de contacts avec les autres.
Par exemple, les cuisines d’aujourd’hui comportent beaucoup d’espace de rangement. Des armoires de toutes sortes, des réfrigérateurs immenses et des congélateurs au sous-sol permettent de faire des réserves de nourriture pour plusieurs semaines. Le nombre de visites quotidiennes au supermarché local a diminué proportionnellement.
La technologie au service du cocooning
Les percées technologiques ont réduit la nécessité de sortir pour se divertir. Des canapés confortables, le maïs soufflé au micro-ondes, le magnétoscope à cassette, la télévision à la carte et les téléviseurs à écran géant peuvent dorénavant combler les envies pressantes de se divertir. Appeler une gardienne, trouver un espace de stationnement et attendre en file pour des billets représentent des fardeaux en temps normal, alors imaginez en période de ralentissement économique.
Depuis quelques années, les communications interurbaines ont été simplifiées. Le téléphone sans fil permet aux interlocuteurs de se déplacer dans la maison tout en jasant. Quant à l’internet, il a supplanté tous les autres modes de communication, particulièrement chez les jeunes.
Le besoin impératif de voir d’autres personnes à des fins sociales ne se fait plus sentir. Même les personnes vivant sous le même toit se sont éloignées en
raison de la disponibilité accrue d’appareils électroniques bon marché, alors que la diffusion personnalisée a réduit le nombre d’heures que les familles passent ensemble.
La diminution rapide des prix des caméras reliées à un ordinateur ou à un téléphone constitue une autre mesure d’incitation au cocooning. Grâce au web, il est dorénavant possible de voir non seulement le visage de son interlocuteur, mais aussi sa demeure. Les caméras et les moniteurs permettent de côtoyer des êtres chers sans quitter la maison.
En raison du confort de nos foyers, on pourrait s’inquiéter du sort des restaurants et des cinémas. Cesserons-nous de les fréquenter? À mon avis, non. Nos instincts sociaux nous poussent à rechercher la présence d’autrui. D’ici la reprise économique, ces établissements seront malheureusement serrés, comme la plupart d’entre nous.