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Budget du Québec: Un exercice qui fera des mécontents à coup sûr

  Métro

La santé est le secteur qui s’approprie le plus gros morceau de gâteau du budget.


Publié: 28 mars 2010 22:30
Mis à jour: 28 mars 2010 21:19
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Québec déposera demain à 16 h son budget, attendu de pied ferme par plusieurs. Les nombreuses et coûteuses demandes ne pourront être toutes exaucées. Qui obtiendra sa part du gâteau? Qui se fera dire non? Métro fait le point dans trois secteurs supposément chers au gouvernement Charest : la santé, l’éducation et l’environnement.

La santé, le gros morceau du budget

La santé est le secteur qui s’approprie le plus gros morceau de gâteau du budget. L’an passé, la part allouée au ministère de la Santé et des Services sociaux atteignait 26,9 G$, ce qui représentait un peu moins de la moitié du budget total de Québec, qui s’élevait à 59,98 G$. Considérant les récents dé­boires du système de santé – la crise dans les urgences, le refus des infirmières de faire des heures supplémentaires obligées, les délais d’attente excessifs en chirurgie – les «priorités» ne manquent pas.

Les infirmières
La priorité qui recueille l’appui de plusieurs, dont celui des omnipraticiens et des médecins spécialistes, concerne les infirmières. Au cours des dernières se­maines, elles ont réclamé haut et fort des améliorations significatives de leurs conditions de travail. Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a d’ailleurs admis que des efforts devaient être faits pour que les infirmières poursuivent leur carrière dans le réseau public.

D’ici 3 ans, 15 000 d’entre elles seront admissibles à la retraite. «On espère qu’il va y avoir des choses dans le budget pour régler les problèmes dans le système public», a affirmé la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, Régine Laurent. Ce syndicat, qui représente entre autres 58 000 infirmières, demande de rapatrier les infirmières du privé au public, d’offrir un poste à temps complet à toutes, de compresser l’horaire de travail sur quatre jours et d’indexer les primes au travail de soir, de nuit et de fin de semaine. Cela exigerait un investissement de 400 M$ de la part du gouvernement, et cela n’inclut pas les demandes de hausse salariale, qui sont défendues par le Front commun de négociation.

Les infirmières praticiennes spécialisées
Le gouvernement Charest s’est engagé à créer 500 postes d’infirmières praticiennes spécialisées (IPS) en cinq ans. Afin d’assurer le financement des programmes d’études et la création de nouveaux postes, un investissement d’environ 100 M$ est nécessaire. Les IPS, qui sont au nombre de 58 au Québec, permettent de désengorger le système de santé en ayant notamment la capacité de prescrire des médicaments et de poser des diagnostics.

Les groupes de médecine de famille

Environ 1,5 million de Québé­cois n’ont pas de médecin de famille. Le gouvernement libéral a promis de porter le nombre de groupes de médecine de famille (GMF) à 300 d’ici 2012. Actuel­lement, il y en a 200 au Québec. Créer un GMF coûte de 1 à 1,5 M$. La facture s’élèverait donc, au plus, à 150 M$. «Si on ne crée pas de GMF, on va continuer à avoir des urgences qui débordent et des lits d’hôpitaux occupés par des gens qui pourraient être soignés par un médecin de famille», a indiqué le porte-parole de l’opposition en matière de santé, Bernard Drainville.

Les soins à domicile
Pour composer avec  le vieillissement de la population, des investissements sont réclamés de toutes parts par les professionnels de la santé pour que les soins à domicile soient davantage développés. Selon les chiffres du ministère, soigner une personne à l’hôpital coûte en moyenne 993 $ par jour, alors que dans un CHSLD, la facture atteint 264 $ par jour, et à la maison, 70 $ par jour.

Informatisation des dossiers médicaux
L’informatisation des dossiers médicaux représente une priorité dans le secteur de la santé que le gouvernement de Jean Charest ne doit pas négliger, selon le député de Marie-Victorin, Bernard Drain­ville. «On pense que les dépenses pour informatiser seront beaucoup plus importantes que ce que le gouvernement nous raconte, dit-il. Pour le moment, le gouvernement refuse d’admettre que l’informatisation du réseau est un échec et que l’échéancier et les budgets seront défoncés.» Le budget réservé à ce projet lancé en 2006 a été établi à 562 M$. De ce montant, Ottawa devrait payer plus de 300 M$.


L’éducation, une réelle priorité?

éducation. Pour financer un réseau universitaire qui crie famine, Québec songe à augmenter de façon significative les droits de scolarité. Il s’agit de recueillir 565 M$, dont environ 170 M$ seraient réinvestis pour bonifier le programme d’aide financière. Selon un récent sondage, 45 % des Québécois y sont favorables, mais les étudiants sont généralement contre et prétendent que cela réduirait  l’accès aux études.

Ils dénoncent aussi l’attitude de la ministre québécoise de l’Éduca­tion Michèle Courchesne qui est récemment restée muette quant à la redistribution des 35 M$ d’argent neuf (sur 115 M$) reçus d’Ottawa dans le cadre du Programme canadien de bourses aux étudiants. Les étudiants ne sont pas les seuls à frapper à la porte de la ministre. Les enseignants, qui négocient leur convention collective, sont descendus dans la rue en février dernier pour demander notamment moins d’élèves dans les classes et de meilleures conditions de travail.

Un budget très serré
Une étude récente révélait que 20 % des enseignants présentaient des symptômes d’épuisement professionnel au moins une fois par semaine. Mais rien ne dit que le ministère de l’Éducation pourra répondre à toutes ces demandes. Car, même si son budget est en constante augmentation ces dernières années, la hausse de l’enveloppe budgétaire a été pour la première fois inférieure à la moyenne lors du dernier exercice (voir tableau).

«Je ne m’attends pas à un budget généreux, convient Pierre Curzi, porte-parole de l’opposition en matière d’Éducation. Mais si les promesses de la ministre veulent dire quelque chose, il faudra y mettre les moyens.» M. Curzi regardera donc attentivement si le plan de la ministre (Les 13 voies de la réussite) présenté  l’automne dernier est financé adéquatement. «Jusqu’ici, on n’a pas vu grand-chose. Je ne suis même pas sûr que les baisses de ratio élèves-enseignants promises en 3e et 4e année ont réellement été effectuées», se déso­le M. Curzi.

La part de l’éducation
  • 2007-08 : 13,4 G$ (+ 5 %) – Budget + 3,9 %
  • 2008-09 : 13,9 GS (+ 4,6 %) – Budget + 4,2 %
  • 2009-10 : 14,4 G$ (+ 3,5 %) – Budget + 4,5 %


Les verts crient famine
Les groupes écologistes réclament 3,94 M$

Environnement. Les groupes écologistes régionaux et locaux crient famine. Dépourvus de tout financement de base, plusieurs d’entre eux sont contraints de fermer boutique. Pour corriger la situation, ils demandent à Québec de quadrupler, au bas mot, les sommes qui sont dédiées aux groupes écologistes et qui, pour le moment, sont principalement dévolues aux groupes nationaux.

En 2008-2009, le ministère de l’Environnement a prévu une enveloppe de 390 000 $ pour financer des groupes écologistes. Six groupes nationaux se sont partagé l’argent. Au cours de la même période, le Secrétariat à l’action communautaire autonome et aux initiatives sociales (SACAIS) a investi 283 010 $ dans son programme de défense collective des droits, ce qui a permis à cinq groupes écologistes nationaux et à un groupe régional d’obtenir du financement. Douze groupes écologistes se sont donc partagé 673 010 $ l’année dernière. En 2003-2004, les sommes prévues par Québec pour ces groupes étaient de 1,4 M$.

André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), a vivement déploré les conditions dans lesquelles les groupes régionaux et locaux sont forcés d’évoluer. «C’est antidémocratique de forcer des groupes à passer le chapeau pour survivre, a-t-il déclaré la semaine dernière au cours d’une conférence de presse visant à préciser les demandes financières du Regroupement québécois des groupes écologistes (RQGE). Présentement, l’argent n’est pas distribué de façon juste et équitable.»

Un plan de 3,94 M$
Le RQGE a demandé au gouvernement d’investir un minimum de 3,94 M$ dans le programme de financement de la mission des groupes écologistes d’action communautaire autonome. «Selon nos estimations, cette somme permettrait un rehaussement significatif des conditions de travail des groupes écologistes, a indiqué Maude Prud’homme, coordonnatrice du RQGE. Ça demeurerait cependant minime en termes de prorata de la population. Si nous pouvions obtenir un dollar par personne, nous aurions certainement un financement adéquat.»

Le montant de 3,94 M$ pourrait être réparti entre 24 groupes, 12 nationaux et 12 régionaux, à raison de 200 000 $ par groupe national et 100 000 $ par groupe régional, selon les premiers calculs du RQGE. La Fondation Rivières, qui s’est vu refuser son financement en 2008, a affirmé avoir grandement besoin d’un tel financement de base. La Fondation a été durement frappée par le manque de fonds, ce qui l’a notamment forcé à abandonner son local et à congédier certains employés.

Le Fonds vert
André Bélisle a rappelé que le gouvernement dispose déjà de suffisamment d’argent pour aider les groupes écologistes grâce au Fonds vert, qui se garnit de quelque 200 M$ par année. «Le gouvernement ne doit pas inventer des budgets, ils sont déjà là, a-t-il indiqué. Il ne s’agit que de les réaffecter.»

Le Regroupement québécois des groupes écologistes a aussi demandé au ministère des Richesses naturelles et de la Faune et au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation de s’impliquer. Ces deux ministères n’offrent, pour le moment, pas un sou aux groupes qui travaillent dans le sens de leur mission.


Et les autres...

La part du gâteau de chacun risque d’être plus petite cette année en raison de l’objectif de retour à l’équilibre budgétaire recherché en 2013.

Municipalités

L’Union des municipalités veut l’imposition d’une taxe sur l’essence pour financer les projets d’infrastructures. De son côté, la Fédération québécoise des municipalités aimerait voir une redevance sur les ressources naturelles (eau embouteillée, forêt, mines, hydroélectricité…) que les entreprises concernées verseraient directement aux municipalités.

Logement social
Le FRAPRU demande que la promesse électorale de M. Charest de construire 15 000 logements sociaux en 5 ans fasse l’objet d’un plan précis. Le FRAPRU dit qu’il faudrait en construire 50 000 pour répondre à la demande.

Aide domestique pour les aînés

Les entreprises d’économie sociale, qui fournissent des services à domicile à 79 000 clients, appellent la ministre déléguée aux Services sociaux à plus de générosité. Si cette dernière a offert un programme d’exonération fiscale de 3,5 M$ aux contribuables qui recourent à  l’aide à domicile, elle a ensuite demandé aux entreprises d’assumer elles-mêmes le coût de cette mesure (3,5 M$).

Culture
Culture Montréal veut la création d’un fonds pour financer des projets favorisant la consommation culturelle, notamment chez les jeunes. Le fonds serait alimenté en prélevant une partie de la TVQ sur les biens culturels (ventes de CD, de billets…), ce qui permettrait de recueillir jusqu’à 50 M$.


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