La profession d’infirmière souffre. Ces professionnelles de la santé œuvrent dans un système qui les soutient mal, ce qui explique qu’elles partent prématurément à la retraite ou qu’elles se tournent vers les agences privées. Retour sur les maux qui affligent la profession avec la présidente de l’Ordre des infirmières et infirmiersdu Québec, Ghislaine Desrosiers.
Depuis des années, les infirmières demandent que leurs conditions de travail soient améliorées. D’ici trois ans, 15 000 infirmières prendront leur retraite. Sommes-nous à la croisée des chemins?
Oui. On a remarqué au cours des dernières années une accélération des départs à la retraite. Parfois, des gens partent avant l’âge normal. Idéalement, il faudrait des stratégies pour retarder les départs à la retraite parce que, de façon surprenante, on a une assez bonne attraction. Il y a de 2 500 à 3 000 nouvelles infirmières dans le réseau chaque année. Le problème, c’est la rétention des infirmières d’expérience.
Pour être infirmière et concilier travail et vie personnelle, la solution est-elle de cogner à la porte des agences privées?
Je dirais non, mais c’est difficile à contrer. Quand une administration d’hôpital me dit qu’elle ne peut faire autrement que d’avoir du temps supplémentaire obligatoire, je leur dis qu’elle est très mal partie. Elle ne veut pas s’asseoir pour voir les choses autrement. C’est sûr que cet hôpital va accentuer sa pénurie. C’est prouvé. Le vrai enjeu, c’est la flexibilité et la fin des heures supplémentaires obligatoires. La solution, c’est une nouvelle approche de négociation locale des aménagements du temps de travail.
Quand le ministre Bolduc a dit que c’est aux hôpitaux de régler le problème de surcharge de travail des infirmières, avait-il raison?
Il avait tort sur ce point. Ce qu’il ne dit pas, c’est que le budget global des soins infirmiers est compressé. Si un hôpital veut augmenter son équipe de base aux soins intensifs, il va se faire taper sur les doigts.
Le gouvernement tarde à débloquer les budgets pour la création de 500 postes
d’infirmières praticiennes spécialisées et pour le financement des programmes d’études universitaires, qui sont déficitaires. Va-t-on vers la suppression pure et simple de cette catégorie d’infirmière?
C’est très risqué. Le Québec est en retard sur toutes les autres provinces. La commission Clair en 2001 a dit qu’il faut introduire les infirmières praticiennes parce qu’elles peuvent améliorer de beaucoup l’accès aux services. Toutes les provinces ont pris ce virage. Le ministre Couillard avait mis un peu d’argent pour des programmes incitatifs, mais ils sont terminés.
Le ministre Bolduc a dit que, face à la pénurie de médecins de famille, il fallait introduire 500 nouvelles infirmières praticiennes au cours des prochaines années, mais il n’y a pas d’argent. Alors, on tourne en rond. Il faudrait 100 M$ par année, et d’ici cinq ans, ça permettrait de soigner 1,5 million de personnes de plus qui n’ont pas de médecin de famille. C’est de l’argent très bien placé.



