Métro a discuté avec Alain G. Gagnon, professeur de science politique à
l’UQAM et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études
québécoises et canadiennes.
Avec un taux de participation d’à peine 30 % et une élection par deux voix de majorité, est-ce que la victoire de Gilles Taillon comme chef de l’Action démocratique du Québec (ADQ) est légitime?
La victoire est légitime, mais c’est quand même inquiétant de voir que si peu de gens se sont engagés à appuyer l’un ou l’autre des candidats.
Comment expliquez-vous le manque d’intérêt des membres du parti?
La campagne n’a pas été très stimulante. Les grands enjeux ont été mis de côté. On a plutôt parlé des curriculum vitae de l’un ou de l’autre des principaux candidats. Les grandes transformations ou les politiques de changement que l’ADQ souhaiterait élaborer, on en a très peu entendu parler. Probablement que le parti aurait pu s’épargner de cette course à la chefferie pour le moment, attendre un peu et inviter ses membres à faire le point sur le programme. Il y aurait eu un travail beaucoup plus important à faire dans les régions du Québec, et ça n’a pas été fait.
Mis à part ses problèmes de santé, quels seront les défis de Gilles Taillon?
Le principal défi sera de rallier les gens qui appuyaient M. Caire, tout en s’assurant qu’ils ne lui porteront pas ombrage. Il va devoir travailler de façon très étroite avec M. Caire, faire du recrutement dans chacune des régions du Québec.
On a le sentiment que les Québécois sont en train de bouder l’ADQ. Est-ce que [M. Taillon] peut renverser cette tendance avec l’appui de M. Caire?
Avec tous ces tiraillements dans le parti, allons-nous assister à la disparition de l’ADQ?
On pourra le savoir au cours des 12 ou 18 prochains mois. L’ADQ est sous respirateur artificiel. M. Taillon fait face à une tâche titanesque, ainsi que ceux qui vont s’associer à lui. L’électorat semble de plus en plus polarisé entre les libéraux et le Parti québécois. Les gens sentent que ce ne sera pas le tour de l’ADQ la prochaine fois.
Advenant la disparition de l’ADQ, qu’est-ce que ça changerait à l’Assemblée nationale?
Peut-être que ça pourrait favoriser d’autres tiers partis. Il est possible que les gens aillent vers une autre force politique, qui pourrait être Québec solidaire. Mon sentiment est que plus les adéquistes vont perdre des appuis, plus ces gens-là vont se porter vers le Parti québécois. Ceux qui ont appuyé l’ADQ par le passé sont des gens qui défendaient la cause souverainiste.


