Métro, en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde, poursuit sa rubrique «Le Québec en questions». Chaque lundi, on vous invite à participer à une discussion autour d’un thème précis. Dans le journal, trois personnalités et des jeunes ont entamé le débat. Sur le web, il se prolonge avec leurs réponses complètes et vos réactions.
Tirons-nous vraiment des leçons des crises économiques?
Les récessions se suivent et se ressemblent. Mercredi dernier, le ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, disait ne pas croire que le monde ait tiré des leçons de la crise économique, laquelle s’achèverait, et qu’il fallait encore être prudent.
L’histoire lui donne raison. Aux États-Unis, il se produirait une récession tous les 5 à 10 ans. Depuis 1981, on aurait compté au Canada huit récessions (caractérisée par deux trimestres de croissance négative consécutifs). Au Québec, ce nombre serait de huit.
Changer ses habitudes... pour combien de temps?
Si la crise qui nous a frappés pendant les derniers mois n’avait pas le côté sombre de celle de 1929, elle a ébranlé la confiance de plusieurs. On s’est serré la ceinture, on a encouragé l’achat local, on a tenté de protéger ses emplois. Le tout en attendant impatiemment une reprise économique.
Mais attendons-nous justement les reprises pour pouvoir reprendre nos vieux plis? Aurait-il fallu que la crise actuelle frappe encore plus fort pour que gouvernements, entreprises et particuliers changent leurs mentalités?
La réforme des institutions financières n’est-elle qu’une utopie? Une société de consommation peut-elle freiner ses ardeurs? Autant de questions sans réponses pour le moment.
Si les investisseurs semblent perdre confiance en période de crise, il semble qu’il y ait toujours quelqu’un pour la leur redonner... du moins jusqu’à la crise suivante.
Trois personnalités se prononcent

Yves Michaud
Président-fondateur du Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC)
«La réponse est non.
L’histoire ne se répète pas, elle balbutie. Les crises économiques sont toujours le résultat, l’aboutissement de la rapacité, de la cupidité des hommes et des institutions, qui s’enrichissent ou qui tentent de s’enrichir sur le dos des classes moyennes et des plus vulnérables de notre société. Les riches ne pâtissent jamais des crises financières parce qu’ils trouvent toujours des moyens pour échapper au très petit contrôle des États sur les mouvements financiers. Exemple, les paradis fiscaux, les montages spéculatifs – un peu comme la Caisse de dépôt –, les placements dans des aventures à haut risque. Les 40 G$ de la Caisse de dépôt qui ont été perdu sont le fruit de la goinfrerie, la rapacité des opérateurs de marchés qui ce sont enrichis par millions en achetant des produits commerciaux crasseux, les PCA.
Pour répondre oui, il faudrait que les gouvernements, qui sont les gardiens de l’intérêt public, mettent leurs culottes longues et passent des lois qui seraient à la fois protectrices pour les investisseurs et à la fois musclés et très sévères contre ceux qui abusent de la confiance du peuple.»

Serge Mongeau
Écrivain, fondateur d'Écosociété et père de la simplicité volontaire au Québec
«Très évidemment non. Ainsi, la crise actuelle est une suite du surendettement des ménages américains, laquelle est due à un appétit de consommation insatiable. Et comment nos gouvernements espèrent-ils régler cette crise? En prêtant aux banques et à des entreprises non rentables, comme celle d'une partie du secteur automobile, pour relancer la consommation; mais ce faisant, la dette publique augmente encore.
On aurait pu profiter de cette crise pour commencer à régler deux autres problèmes d’importance capitale : le pic du pétrole (la demande qui devient plus grande que l’offre, avec augmentation consécutive du prix de vente), et la dégradation de l’environnement, liée à la diminution des ressources et à la surproduction des déchets (dont les gaz à effet de serre).
En s’efforçant de relancer la consommation, nos gouvernements ne font que reporter à plus tard les problèmes tout en nous enlevant de la marge de manœuvre dans leur solution. Il faut dès aujourd’hui comprendre que la croissance économique ne peut se poursuivre indéfiniment; n’attendons pas que la nature se révolte et donnons-nous une société où l’on réponde aux besoins de tous en trouvant des solutions locales, communautaires et écologiques. Déjà, dans le monde, des centaines de villes et de villages ont commencé à s’organiser, notamment dans le mouvement des Villes en transition.»

Marcel Boyer
Économiste principal à l'Institut économique de Montréal
«Les économistes «académiques» seront nombreux à se pencher sur les causes probables de cette crise dans les prochaines années. Il est trop tôt pour caractériser ce qui sortira de ces études plus sophistiquées. On peut déjà émettre quelques hypothèses quant aux leçons qui survivront dans l’esprit des spécialistes (je ne parle pas des apprentis sorciers et gourous de tout acabit, très nombreux par les temps qui courent).
Une des causes profondes de la crise est l’intervention malavisée des gouvernements et des élus dans l’orientation des activités de crédit hypothécaire aux États-Unis (Fannie Mae et Freddie Mac) :
- encouragement de prêts à des emprunteurs non solvables
- titrisation des hypothèques subprimes et baisse de la responsabilisation des prêteurs
- spéculation ou prise de risque trop forte de certains fonds de couverture (hedge funds), et faillite anticipée de certains de ces fonds.
Une autre cause est la mauvaise perception du risque représenté par les PCAA de toutes sortes : petits risques mais risques quand même (la quasi-monnaie n’est pas de la monnaie). Les institutions et entreprises s’en souviendront, je pense, et les utiliseront de manière plus prudente.
Quelques erreurs commises tôt dans le développement de la crise ne devraient pas se répéter, comme par exemple la mise en faillite de Lehman Brothers, qui a entraîné une perte de confiance majeure et mondiale dans les systèmes bancaires, d’où le resserrement des conditions de crédit et le gel partiel des opérations des entreprises : les systèmes bancaires (systèmes de paiement et de financement, donc de canalisation des épargnes des uns vers les investissements des autres) sont des infrastructures communes cruciales au bon fonctionnement des économies.
On a appris qu’il est important de s’assurer de l’adéquation des réserves (coefficients de réserve prudentiels) des banques et des quasi-banques qui devraient toutes être soumises aux mêmes exigences dans la mesure où elles représentent un même risque systémique.»
L'avis des jeunes
- Justine Castonguay-Payant
27 ans, étudiante à la maîtrise
«Je dirais que nous n’avons malheureusement pas encore appris suffisamment des échecs économiques passés. Si de telles crises continuent toujours de survenir, c’est qu’il y a des éléments du problème qui n’ont toujours pas été compris, en ce début du troisième millénaire. Il est d’ailleurs peut-être temps de repenser le système économique actuel et de faire plus de place à une économie durable, basée sur la protection des écosystèmes qui nous entourent. Qui sait! Peut-être devrions-nous prendre exemple sur les peuples autochtones qui autrefois, peuplaient l’Amérique et qui, jadis, vivaient en harmonie parfaite avec la nature. Si on me demandait, de prendre le pouvoir dès demain, j’investirais dans une économie verte et respectueuse tout en impliquant les peuples autochtones qui sont maintenant dépourvus de leurs repères ancestraux. Car, vous le savez comme moi, il n’y a pas juste les banques dans la vie!»
- Véronik St-Onge
30 ans, conseillère aux opérations régionales
«Je pense que nous ne tirons pas suffisamment de leçons de la crise économique parce que nous poursuivons dans le même modèle de développement qui nous y a mené. Au lieu d’analyser ce modèle pour réfléchir sur ce qui pourrait être modifié, on continue à prôner qu’il faut prioriser l’économie, en tenant peu compte des deux autre pôles du développement durable, le social et l’environnement, sans parler de l’éthique et de la gouvernance. Un meilleur équilibre entre ces pôles nous permettrait sûrement d’explorer de nouvelles avenues pour réduire les chances d’une prochaine crise…»
- Myrianne Lemay,
28 ans, étudiante en animation et recherche culturelles à l’UQAM








