Métro, en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde, poursuit sa rubrique «Le Québec en questions». Chaque lundi, on vous invite à participer à une discussion autour d’un thème précis. Dans le journal, trois personnalités et des jeunes ont entamé le débat. Sur le web, il se prolonge avec leurs réponses complètes et vos réactions.
Un taux de décrochage scolaire de 0 %, est-ce possible?
Selon les plus récents chiffres disponibles, 31 % des jeunes Québécois de moins de 20 ans n’ont pas obtenu de diplôme d’études secondaires. Pourtant, le gouvernement du Québec fait du décrochage scolaire une de ses priorités depuis plusieurs années. La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, désire réduire ce taux à 20 % d’ici 2020, alors que cet objectif devait d’abord être atteint en à 2010.
Mais comment faire pour réduire le taux de décrochage scolaire? Par où commencer? Selon plusieurs données, le décrochage est bien souvent l’apanage des milieux défavorisés. Et 7 décrocheurs sur 10 sont des garçons, au Québec.
Un modèle positif
Bien que le pourcentage de décrocheurs stagne depuis plusieurs années au Québec, la diminution semble être un objectif réalisable. Le cas du Saguenay–Lac-Saint-Jean en est un bon exemple. Dès 1997, la région a mené une lutte au décrochage et s’est hissée au premier rang des régions ayant le meilleur taux de diplomation. Aujourd’hui, seulement 18 % de ses jeunes quittent les bancs d’école sans diplôme.
Pour ce faire, la région a mobilisé les jeunes, les parents, les enseignants, les commissions scolaires, les élus, les entreprises, les syndicats autour d’un même objectif : réduire le taux de décrochage scolaire. Avoir un taux de décrochage 20 %, c’est donc possible, mais le faire descendre à 0 %, est-ce utopique ou réalisable?
Trois personnalités se prononcent

Michelle Courchesne
Ministre québécoise de l'Éducation
«Le décrochage scolaire « zéro », c’est la situation idéale. Il faut cependant être réaliste. Ce qui m’importe surtout pour l’instant, c’est d’améliorer la situation de façon notable. Pour y parvenir, il faut mobiliser l’ensemble de la société et valoriser l’école et l’éducation. Tous ont un rôle à jouer : les élèves, le personnel de l’école, les parents, les employeurs. De mon côté, je me suis engagée à tout mettre en œuvre pour rehausser le taux de diplomation chez les moins de 20 ans.
Nous allons nous attaquer aux différents facteurs responsables du décrochage scolaire, à l’intérieur et à l’extérieur de l’école. La solution passe aussi certainement par un ensemble d’initiatives adaptées à la réalité de chaque élève, de chaque région. Une chose est sûre : il nous faut repérer rapidement les élèves en difficulté pour mieux les aider. Nous profitons d’une base solide. Il y a des pratiques intéressantes au Québec et ailleurs, qui sont reconnues pour leur efficacité. Il faut donc consolider les actions en place et poursuivre le développement de nouvelles avenues.
La persévérance et la réussite scolaires, c’est un défi majeur pour notre société. Nous arriverons à le relever en travaillant région par région, commission scolaire par commission scolaire, école par école, et élève par élève.»

Diane de Courcy
Présidente de la Commission scolaire de Montréal
«C'est le rêve. Penser qu'il n'y a personne qui trouve une voie alternative au diplôme traditionnel, ça ne se peut pas. Mais se rapprocher le plus près possible du 0 %, bien sûr que c'est possible.
Il y a cinq effets qui influencent le décrochage scolaire. L'école, l'enseignant, l'élève, le milieu et l'aspect économique. C'est sur les effets économique, école et élève qu'on a le plus de travail à faire.
On peut retracer des décrocheurs dans toutes les classes sociales, mais on ne peut que constater que le décrochage est beaucoup plus présent en milieu défavorisé. C'est donc dire que la richesse familiale a de l'influence. Tout en préservant la dignité des familles, il faut absolument s'attarder à cette question.
L'effet élève, c'est une question de croire résolument en l'avenir. De notre côté, il faut mieux connaître les élèves, mais il y a aussi un coup de barre à donner de leur côté, avec leurs parents, pour donner du sérieux au temps scolaire.
On peut réussir à adopter un plan global dans la mesure où on est très respectueux de chacune des écoles et qu'on met en place de façon intensive des suivis personnalisés. Les élèves doivent avoir un nom et un avenir. On ne doit pas les lâcher d'une semelle. À la limite, il vaut mieux être critiqué parce qu'on les talonne que critiqué parce qu'ils ne sont plus là.
Les parents sont les complices de l'école, de la réussite des enfants. On a l'habitude de penser que les personnes qui ont le plus d'influence sur la réussite d'un élève sont les enseignants ou les amis. Or, les premiers influenceurs quant à la décision de décrocher ou pas, ce sont les parents. Pour que les parents jouent bien ce rôle, ils doivent avoir les moyens de le faire…»

L. Jacques Ménard
Président de la BMO et du Groupe d'action sur la persévérance et la réussite scolaires au Québec
«Chacun de nos jeunes doit avoir les moyens de réaliser son plein potentiel. C’est ça qui compte. Nous avons fixé la barre, pour l’instant, à plus de 80 % de diplômés au secondaire, d’ici 2020. C’est ambitieux quand on considère que nous sommes accrochés à la barre des 70 % depuis 20 ans !
Il faut réaliser que c’est toute la société qui doit mettre l’épaule à la roue pour aider nos jeunes à réussir et non pas seulement l’école et les professeurs. Notre Groupe s’est inspiré des meilleures pratiques ici et à l’étranger pour proposer dix actions bien structurées. Des gestes réalistes et que nous sommes capables de poser, si nous en avons vraiment la volonté de réussir.
Nous y serons le jour où nous aurons compris, comme on dit au Saguenay—Lac-St-Jean : « Chaque jeune a besoin d’encouragement chaque jour ». L’école commence aujourd’hui. Pas une minute à perdre. »
L'avis des jeunes
- Daniel Landry, Trois-Rivières
Participant à l'école d'été de l'INM
«Le taux de décrochage 0 est une utopie comme serait le taux de chômage 0 ou le taux de suicide 0. Par utopie, il ne faut pas entendre un objectif inatteignable, mais un objectif vers lequel il faut tendre. Pour y arriver, l'école doit se démocratiser davantage, elle doit inclure, elle doit innover. Ceci dit, j'aurais envie de relancer le débat : serait-il sain que le décrochage soit à 0? Je ne le crois pas. Des individus ont parfois besoin de prendre un recul face à un système très encadrant de la tendre enfance à l'âge adulte. Aussi, l'école telle qu'on la connaît au Québec est parfois peu adaptée à des cultures ou des classes sociales.»
- Jimmy Ung
25 ans, étudiant en Coopération Internationale (Université de Montréal)
«Non, car décrocher n'est pas tout le temps une mauvaise chose. Cela permet parfois de vivre des expériences hors de notre zone de confort habituelle et qui finissent par enrichir et éclaircir nos choix de vies. Cependant, comme société, il faut mieux accompagner et outiller ceux qui font le choix de décrocher, en s'assurant qu'ils ne se retrouvent pas seuls ou isolés. Ainsi, il faut d'abord cesser d'associer «décrochage» avec «échec», car cela n'encouragera pas leur retour éventuel. Dans les cas de décrochages déjà bien trop nombreux (30 % selon le rapport Ménard), c'est plutôt le système qui leur échoue.»
- Claudine Gagné
26 ans, enseignante




