Métro, en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde et son école d’été, qui aura lieu à la fin de la semaine, poursuit sa nouvelle rubrique hebdomadaire. Chaque lundi, «Le Québec en questions» vous invite à participer à une discussion autour d’un thème précis. Dans le journal, trois personnalités et des jeunes ont entamé le débat. Sur le web, il se prolonge avec leurs réponses complètes et vos réactions.
Doit-on retirer des tablettes les fruits et légumes d'ailleurs en période de récoltes?
La popularité des aliments d’ici ne se dément pas. Les Québécois semblent mettre de plus en plus de fruits et de légumes locaux dans leur panier.
Une étude publiée en début d’année démontrait que la mention Aliment du Québec faisait augmenter la part de marché d’un produit de 2,8 points de pourcentage. Ainsi, un aliment qui détenait 5 % de parts de marché verrait celles-ci passer à 7,8 %.
Les chaînes d’alimentation semblent l’avoir compris. Les grandes bannières ont toutes un programme d’achat local, du «Servons le Québec» de Metro au «C’est de chez nous» de Loblaws, en passant par le «Mangez Québec» d’IGA. Mais avec leurs règles d’approvisionnement strictes et leur volonté d’offrir les mêmes produits dans toutes leurs succursales, elles ne permettent pas toujours à leurs détaillants d’appliquer ces programmes à 100 %.
Comment expliquer qu’en pleine période de récoltes, on retrouve sur nos tablettes des fraises de la Californie ou des tomates du Mexique? Doit-on créer une sorte de CRTC qui dicterait ce qui est offert dans les magasins?
Bien sûr, nous ne ferons jamais pousser des ananas en quantité industrielle au Québec, mais pour tout produit qui pousse ici, devrions-nous retirer les équivalents étrangers du marché?
Trois personnalités se prononcent

Christian Lacasse
Président général de l'Union des producteurs agricoles (UPA)
«Non, je ne le crois pas. Il faut toutefois veiller à ce que, en période de récoltes, les produits locaux soient présents et bien visibles dans nos magasins. Les consommateurs doivent savoir qu’en encourageant l’achat local, ils posent un geste favorable à notre agriculture, à l’économie et à l’emploi chez nous. Ils protègent aussi l'environnement avec des produits qui ont fait moins de kilométrage avant de se retrouver dans leur assiette. Acheter des produits locaux est donc un geste qui nous profite à tous collectivement, un choix de consommation vraiment éclairé. De plus, les produits de chez nous sont plus frais, et leur qualité est irréprochable grâce notamment à la rigueur de nos normes réglementaires. Voilà autant de bonnes raisons de les exiger. Heureusement, les consommateurs les demandent de plus en plus, et les grandes chaînes d’épicerie ont mis le cap sur les produits du Québec. Il faut continuer à aller dans cette voie. Plus on les demandera, davantage il y en aura; plus il y en aura, davantage on en consommera!»

Claire Bolduc
Présidente de Solidarité rurale
«Non. Surtout pas.
Imposer les produits du Québec en période de récoltes, ce serait se priver d’une belle occasion de réunir urbains et ruraux autour de l’assiette. Les décisions qui viennent d’en haut n’ont jamais la force de celles qui viennent de la base, qui sont mûries, réfléchies et portées par les
citoyens.
Imposer cette décision libèrerait les deux mondes d’un effort nécessaire de réunion, de ce genre d’efforts qui tisse les amitiés solides. Car le véritable problème réside bien plus dans le fait qu’un fossé s’est creusé entre les deux univers que dans une simple question de choix de
consommation.
Si l’agriculture n’est aujourd’hui l’affaire que de 7% des ruraux, elle n’en demeure pas moins le lien le plus tangible qui demeure entre les mondes rural et urbain. Ce lien est toutefois fragile. On pourrait aisément profiter de fruits et de légumes frais à l’année sans qu’une seule terre soit cultivée au Québec, comme en font foi les étals des marchés en hiver.
Commençons donc par là, par rappeler l’importance de notre agriculture pour l’occupation de nos territoires, par nous approprier collectivement cette fierté que ressentent nos agriculteurs en produisant les meilleurs fruits et légumes, par visiter nos fermes.
Les destins des villes et des régions sont intrinsèquement liés, il faut s’en rappeler. Des régions dynamiques contribuent à la vitalité économique de Montréal, et une Métropole forte propulse l’ensemble du Québec. Une étude récente du Conference Board révèle que le monde rural québécois concourt à soutenir plus de 369 000 emplois tous domaines confondus dans les centres urbains.
N’en déplaise aux tenants de l’opposition rural-urbain, bien que différents, ces deux mondes n’en forment qu’un seul. Et si c’est autour d’un repas que ruraux et urbains peuvent le plus facilement ouvrir le dialogue, il ne faut pas les priver du droit à la discussion.»

Frédéric Alberro
Vice-président Québec du Conseil canadien des distributeurs en alimentation
«Chaque fois que nos membres, à savoir les principaux détaillants en alimentation, peuvent s’approvisionner au Québec, ils tiennent compte de l’offre locale en premier. Tout au long de l’année les produits d’ici sont à l’honneur sur leurs étalages et en pleine saison maraîchère celles-ci regorgent de fruits et légumes provenant du Québec. En période de récoltes au Québec, l’approvisionnement peut atteindre des sommets selon la disponibilité des produits et le climat.
Il faut toutefois comprendre que compte tenu de la forte et variée demande en fruits et légumes, de l’engouement des consommateurs pour les produits exotiques et des aléas de la nature, un marché d’alimentation ne peut se limiter à l’offre locale afin de garnir leurs rayons. En période de récoltes au Québec, les deux principales raisons pour lesquelles vous pouvez parfois retrouver un fruit ou légume provenant de l’extérieur du Québec alors qu’il existe une production québécoise sont une récolte insuffisante pour répondre à la demande québécoise ou des conditions météorologiques affectant grandement la quantité ou la qualité du produit.
Depuis nombre d’années, nos membres ont déployé des efforts afin de faire la promotion des produits d’ici auprès des consommateurs, que ce soit par des campagnes promotionnelles propres à chacun, des collaborations avec des regroupements de producteurs telle la campagne Manger Québec avec l’Association des Jardiniers maraîchers ou à travers l’appui à l’organisme Aliments du Québec, l'unique label de provenance reconnu par toute l'industrie agroalimentaire du Québec.»
L'avis des jeunes
- Simon Lepage
M.Arch. Co-fondateur, responsable des services en architecture et design pour Les Urbainculteurs
«Oui. La population est toujours plus conscientisée et le demande. Pour ce faire, il faut que les agriculteurs d’ici trouvent une manière d’intégrer facilement la chaîne d’approvisionnement des épiceries. Distribières, une coopérative de producteurs avant-gardiste qui distribue pour des microbrasseries québécoises, est un bon exemple. L’épicier n’a qu’à faire un téléphone, il ne reçoit qu’une seule facture, et il se retrouve avec une dizaine de marques et une cinquantaine de saveurs de bières différentes dans son étalage. Une entreprise semblable pourrait regrouper des producteurs par région et offrir aux épiciers une façon simple de remplacer leurs aliments étrangers en période de récoltes.»
- Annabelle Gagné
34 ans, professionnelle, Montréal, ancienne participante à l’École d'été
«Je pense qu’on devrait faire en sorte que les produits locaux occupent une place prédominante dans les étalages et que leur provenance soit identifiée clairement. Je ne crois pas qu’il faille retirer tous les produits d’importation, ni que cela soit imposé aux consommateurs de façon radicale. Espérons que petit à petit, l’achat local sera intégré dans nos habitudes de
consommation.»
- Sandra Rodriguez
Pour la simple raison que, non seulement le choix doit revenir au consommateur et qu'en plus, les produits locaux sont parfois beaucoup trop chers pour être accessibles à un public plus démuni (personnellement, payer 4 $ pour des cerises produites localement me paraît excessif).
Et non, les produits locaux ne sont pas nécessairement plus chers parce qu'ils sont produits localement... contrairement à ce que plusieurs répètent.
Récemment, lors d'un voyage en Espagne, j'ai pu constater que pour faire face à la crise économique, le gouvernement espagnol a choisi d'appuyer les marchands pour que les produits locaux deviennent moins cher que les produits exportés. Logique : le consommateur est content et le producteur augmente ses ventes, donc il est content. De retour au Québec, je me suis informée auprès d'un marchand en lui demandant pourquoi, selon lui, les prix des produits locaux étaient aussi cher. Sa réponse : ils sont déjà un peu plus cher à cause de la demande qui est faible. Et quand on monte les prix, les clients sont prêts à les acheter... alors pourquoi les baisser?
Plutôt que de retirer les produits en provenance d'ailleurs, je suggère d'appuyer la baisse de prix des produits locaux.»








