À l’idée de retrouver le public québécois, devant qui il n’a plus joué depuis maintenant 14?ans, André Gagnon se dit heureux, mais un peu anxieux. «Les années ont passé, ça me rend nerveux quand j’y pense, mais... ça va aller, dit-il simplement. Moi, je me raccroche au plaisir. Les gens qui viennent voir un spectacle le font généralement dans le but de se faire plaisir, et je devrais m’accorder le même plaisir en jouant sur scène.»
C’est à la suite d’un changement de maison de disques que le désir de faire un disque de compositions inédites s’est précisé pour le célèbre pianiste. «J’ai eu beaucoup de plaisir à écrire cet album, dit-il. Je suis à un bon moment de ma vie pour ça en ce moment. Je suis bien, la vie est douce, je suis bien entouré... Et, je ne veux pas que ça sonne prétentieux, mais je crois qu’il y a une espèce de sérénité qui se dégage de cet album.»
De l’aveu d’André Gagnon, il y a aussi une certaine dose de nostalgie dans ces Chemins ombragés. Nostalgie de l’enfance, de souvenirs, ou de vieux amis, notamment dans Le piano de Claude, composée en hommage à son vieux complice Claude Léveillée. «Il y a des gens qui disent que j’écris de la musique triste; moi je la qualifierais plutôt d’introspective, mélancolique, peut-être... mais dans le cas de cette pièce, c’est vrai qu’elle est triste, puisque Claude est dans un état de santé critique et que ça me rend moi-même triste.»
Les pièces de l’album portent les titres évocateurs de Dimanche – nostalgie, Pensées fugitives ou encore Ciel d’hiver. Des titres qui ont tous une connotation personnelle pour André Gagnon. «Un album de musique instrumentale, on peut recevoir ça comme on veut, affirme le musicien. Les titres ont une certaine importance pour moi, mais si vous écoutez l’album sans les connaître, vous pouvez l’interpréter comme vous voulez. C’est l’un des avantages de la musique instrumentale : elle laisse la place à l’imagination. Je dirais même qu’elle permet au compositeur d’être généreux envers l’auditeur, de laisser celui-ci changer les titres à sa guise.»
Les titres viennent de façon spontanée au pianiste. «Il y en a une, par exemple, qui s’appelle Musique pour plus tard, qui, pour moi, est une pièce que je pourrai peut-être encore jouer quand mes doigts seront moins agiles», raconte-t-il.


