Fiction ou documentaire : pourquoi donner un nom, établir clairement une case, alors qu’il est possible de faire exploser cette frontière? C’est le parti pris de Bruce McDonald (Pontypool) dans son essai This Movie Is Broken. Tout débute comme une journée normale dans la Ville Reine. Le groupe Broken Social Scene doit donner un spectacle, et Bruno (Greg Calderone) cherche à impressionner la fille de ses rêves (Georgina Reilly) en lui dégotant un accès exclusif aux coulisses. Il y a de l’amour dans l’air, sauf que ces moments romantiques sont constamment entrecoupés de performances endiablées de la formation torontoise.
«Avec plus de temps et de ressources, cela aurait sans doute été un documentaire, assure le cinéaste. Nous avons enregistré le concert tout en cherchant l’argent pour faire le film. Ce n’est pas la meilleure façon de procéder, mais c’est certainement très excitant. Au total, nous avons probablement tourné pendant 24 heures.» La prestation est donc vue par les yeux d’admirateurs qui cherchent le meilleur moyen de bien terminer leur soirée, prenant soin d’arrêter leur quête de bonheur afin d’écouter les chansons qui s’offrent à eux. «La musique a toujours été le plus important, explique le réalisateur, qui a consacré de nombreux efforts au quatrième art. Nous avions assez de matériel pour faire une captation en direct, mais je voulais quelque chose de plus original, en y greffant une histoire toute simple par exemple.»
«C’est une façon originale de célébrer mon amour pour la musique. Avec les nouvelles technologies, il est de plus en plus facile de faire des documentaires musicaux. Le défi était d’essayer de renouveler le genre, plutôt que de suivre uniquement un groupe en tournée.» Si la partie scène s’apparente au travail de Don Alan Pennebaker sur le 101 de Depeche Mode, celui du scénario évoque 9 Songs de Michael Winterbottom, mais en beaucoup plus chaste.
Le récit, lui, est traversé par une narration masculine aux accents poétiques. «Je parle de plaisir, pas de souffrance, lance en riant celui qui a offert par le passé The Tracey Fragments. L’idée générale était de montrer une journée d’été parfaite, lorsqu’on est en amour et qu’on va voir un spectacle. Ce sont les bonnes choses de la vie!»
Le Arcade Fire torontois?
Broken Social Scene est un peu à Toronto ce qu’Arcade Fire est à Montréal : une formation à géométrie variable (comprenant des membres de Stars, de Metric et la chanteuse Feist), aussi chaotique que mélodique, qui a obtenu un succès monstre au cours de la première décennie du 21e siècle et dont la popularité ne se dément pas. «Les deux sont les les antennes de leur communauté, s’avance Bruce McDonald. J’adore leur musique. Ce n’est pas seulement le chanteur ou un individu qui est mis à l’avant-plan, mais bien le groupe tout entier, cet esprit de collectivité.»




