Quelque part au point de croisement du vieux long métrage hollandais Les Lavigueur déménagent, de l’univers éclaté de Wes Anderson et celui, tout aussi déroutant, d’Emir Kusturica, se trouve La merditude des choses, un inclassable film belge qui a fait sensation à Cannes. Et qui continue de susciter des réactions aux antipodes les unes des autres, notamment à cause de son titre qui semble tout droit sortir d’un roman de Bukowskiet de son affiche, montrant des hommes à poil en train de faire de la bicyclette.
Chez les Strobbe, rien n’est fait dans les normes. Maman n’est plus là, papa et ses frères passent leur temps à boire, et le jeune Gunther est réprimandé pour ses problèmes de comportement. Difficile de grandir convenablement avec de tels modèles parentaux. L’avenir ne semble pas plus rose si l’adolescent d’aujourd’hui ne change guère avant de devenir l’adulte de demain.
Cette histoire complètement imprévisible à saveur autobiographique a d’abord germé dans l’esprit du romancier Dimitri Verhulst, avant d’être transposée au cinéma par Félix Van Groeningen. «Au début, c’est vrai que je voulais faire plaisir au romancier, explique le cinéaste lors d’un échange de courriels. Quand j’ai compris que ça n’était presque pas possible (il n’aimait pas les premières versions du scénario, ou bien quand il lisait, il ne laissait rien savoir), j’ai compris que je devais en faire ce que, MOI, vraiment, je voulais.»
C’est ce qu’il a fait en relisant un nombre incalculable de fois le bouquin, sans jamais perdre de vue les sentiments qui sont apparus lors de sa première lecture.
Je t’aime… moi non plus
Œuvre de contrastes qui alterne entre l’absurde, le drame, l’humour scatologique et les envolées lyriques, La merditude des choses est capable de faire passer rapidement des rires aux larmes. Un travail d’équilibriste qui aurait pu en rebuter plus d’un. «La poésie est tellement poétique dans ce livre, parce qu’elle est justement entre tant de vulgarités et de banalités, écrit le metteur en scène. Très vite, je savais que ce film pouvait être spécial parce que le livre déjà est très fort en mélangeant ces deux aspects…»
Cette atypique famille nucléaire – plus proche de celle de L’eau chaude, l’eau frette que de celle de C.R.A.Z.Y. – doit jongler avec des existences disjonctées où la liberté est au rendez-vous, et les répercussions à long terme de leurs faits et gestes. Une nouvelle dichotomie parmi tant d’autres. «L’attitude de Gunther adulte est quand même aussi très ambiguë, relève le réalisateur. Il est très fier d’où il vient, on sent que la fraternité lui manque énormément, et en même temps, il est très content de n’avoir plus rien à voir avec la famille.»
Un clan tissé serré qui aura ses adeptes et ses détracteurs. «Ce film est devenu ce qu’il a toujours voulu être, laisse savoir Félix Van Groeningen. Il y a des gens qui adorent, et des gens qui détestent… mais ça serait la même chose si j’avais essayé de plaire à plus de gens…»
La merditude des choses
En salle dès aujourd’hui








