Après avoir lancé une demi-douzaine d’albums, joué dans les plus belles salles du monde et signé un opéra en français qui sera présenté à Londres le mois prochain, Rufus Wainwright caresse l’idée d’écrire une comédie musicale. Mais avant de plonger tête première dans cette nouvelle aventure, le chanteur aimerait réaliser son rêve le plus cher : devenir une star de la pop.
«J’ai envie d’avoir un tube à la radio, histoire de faire compétition à Lady Gaga! s’exclame Rufus Wainwright, de passage à Montréal pour promouvoir son nouvel opus, All Days Are Night : Songs for Lulu. J’ai déjà essayé d’en pondre un, mais ça n’a pas été un énorme succès. Je n’ai pas encore gagné le gros lot!»
L’artiste canado-américain accompagne cet aveu d’un éclat de rire exagéré, signe qu’il ne croit pas vraiment en ses chances de conquérir les palmarès. Le temps presse, semble-t-il. Car selon Rufus Wainwright, tout chanteur pop vient avec une date de péremption: la quarantaine. Et cela est d’autant plus vrai pour les homosexuels. «C’est difficile de vieillir avec élégance, surtout quand on est gai. Il y a des trucs que les homos pardonnent moins facilement que les hétéros, comme l’apparence physique, observe celui qui fêtera son 37e anniversaire cet été. Et la montée de la droite américaine n’arrange pas les choses. Résultat : les États-Unis sont de plus en plus homophobes. C’est difficile de vieillir sans sentir l’appui de la société.»
Il existe un réel paradoxe dans le discours de Rufus Wainwright : s’il ne cache pas sa peur de prendre de l’âge, il est le premier à admettre qu’il s’épanouit avec les années. Après une vingtaine passée sous le signe de l’autodestruction (une dépendance au crystal meth), l’auteur-compositeur traverse aujourd’hui la vie avec une plus grande tranquillité d’esprit. «J’ai eu beaucoup de fun dans ma jeunesse. Je ne changerais ça pour rien au monde, mais si on parle de bonheur véritable, rien ne vaut la trentaine», déclare-t-il.
La mort et l’amour
À plusieurs égards, All Days Are Nights : Songs for Lulu traduit bien cette nouvelle sérénité. Après avoir baigné dans la grandiloquence opératique de Prima Donna, Rufus Wainwright revient à l’essentiel avec un CD piano-voix composé de 12 titres à fleur de peau. D’une rare beauté, l’opus est toutefois marqué au fer rouge par la mort de la mère du chanteur, Kate McGarrigle, décédée du cancer le 18 janvier. L’artiste new-yorkais qui a grandi à Montréal évoque le séjour à l’hôpital de sa maman dans plusieurs pièces, dont Martha (dédiée à sa sœur cadette) et Zebulon (à propos d’un amour d’adolescence).
«Le piano est devenu mon point d’ancrage pendant la création du disque, raconte-t-il. C’était le seul endroit où je pouvais me réfugier pour digérer ce qui se passait.»Vocalement, Wainwright se révèle plus en forme que jamais. Sans retenue, il pousse la note comme si sa vie en dépendait.
«Tu ne peux pas rester impassible devant la mort. D’une certaine façon, ça nourrit! dit-il, laissant échapper un gloussement exagéré qui trahit une douleur encore vive. Tu ne peux pas rester impassible devant l’amour non plus. Avoir un chum, ça m’a donné le soutien dont j’avais besoin pendant cette période difficile. Et sur le plan artistique, ça m’a permis de me jeter dans le vide avec confiance. Quand je donne tout ce que j’ai sur scène, je sais qu’à la fin de la soirée, il y aura quelqu’un au bout du fil. Ça fait toute la différence.»
Songs for Lulu comprend-il le fameux hit radio dont Wainwright rêve tant? Le principal intéressé n’y croit pas... et ça ne le dérange pas. «C’est quasiment devenu une blague, dit-il. Et je me dis qu’en gardant cette attitude désinvolte, ça pourrait peut-être fonctionner. Sinon, ce n’est grave, parce que je sais que ma carrière ne dépend pas de ça.»
All Days Are Night : Songs for Lulu
En magasin dès mardi
En spectacle au Théâtre St-Denis le 21 juin










