À l’écoute de Better in Time, on croirait vraiment entendre un vieux routier originaire du sud des États-Unis. Outre la nostalgie folk, blues, soul et parfois même country qui se dégage de ce premier opus, c’est la voix singulière du chanteur qui mystifie. Riche, puissante et torturée, elle rappelle celles des Johnny Cash et Hank Williams de ce monde.
En entrevue, par contre, l’effet-surprise est réussi : Bobby Bazini s’avère un jeunot de 20 ans tout droit sorti de Mont-Laurier, dans les Laurentides. Quand on lui fait part de notre méprise, le musicien esquisse un timide sourire. «Je trouve ça cool, avoue-t-il, presque en chuchotant. J’ai toujours été plus mature que les gens de mon âge parce que je me tenais avec des adultes. Mes meilleurs amis ont 40, 50 ans.»
Une «vieille âme» dans un corps de jeune homme. Bobby Bazini l’a entendue souvent, celle-là. Le guitariste explique son goût pour les sonorités des décennies 1950 et 1960 par son déménagement chez sa grand-mère, après la séparation de ses parents. Survenue au cœur de son adolescence, cette rupture a joué un rôle déterminant non seulement dans son développement personnel, mais aussi dans celui de sa carrière artistique. «La musique me permettait de m’exprimer, raconte-t-il. Ça enlevait la peine que j’avais ou whatever... Ça aidait.»
Ses premières chansons, Bobby Bazini les a signées à l’âge de 16 ans, après avoir découvert la collection de vieux vinyles de sa grand-mère. C’est en écoutant les disques de Marvin Gaye, d’Ottis Redding et de Bill Withers – pour ne nommer que ceux-là – que l’apprenti auteur-compositeur a choisi l’anglais comme langue de prédilection.
Bobby Bazini affirme ne pas avoir eu de difficulté à être pris au sérieux par les bonzes de l’industrie musicale, et ce, malgré son jeune âge. L’album qu’il propose aujourd’hui est le reflet – sans compromis – de sa véritable nature. «Quand je parle du type de musique que je fais à des gens de mon âge, ils ont tendance à me regarder d’une drôle de façon, avec l’air de dire: “What the fuck?” raconte-t-il en riant. Mais quand je me suis mis à entrer en contact avec des adultes, des producteurs, ils ont trouvé ça génial. Ils ont trouvé ça l’fun de voir un gars de 20 ans chanter des vieilles choses comme ça!»
Montée en flèche
L’ascension de Bobby Bazini a véritablement commencé l’automne dernier, avec la sortie de la pièce I Wonder, premier extrait de l’album Better in Time, qui arrive en magasin aujourd’hui. Le tube, qui s’est taillé une place enviable dans les palmarès de la province, a piqué la curiosité du public et de la presse, à un point tel que le chanteur a dû lancer un minidisque de cinq titres, histoire de satisfaire l’appétit des mélomanes les plus impatients.
«On n’avait pas assez de chansons et il nous restait beaucoup de travail à faire», explique Bazini, qui dit ne pas avoir beaucoup dormi ces derniers mois, en raison d’un échéancier plutôt serré. Les efforts du chanteur et de ses trois réalisateurs, Tino Izzo, Éric Collard et Peter Renallo, ont porté fruit puisqu’en février, le jeune Québécois signait une entente avec le label Warner, qui distribuera l’album en sol européen. Better in Time sortira entre autres en Allemagne et en France en mai prochain.
Bobby Bazini ne semble pas s’énerver outre mesure devant l’engouement qu’il suscite. Comme le dit la chanson-titre de son CD, il «vit au jour le jour». «Je reste un gars super simple, très terre-à-terre, note-t-il. I’m taking it slow.»
Better in Time
En magasin dès aujourd’hui