Dans Élève libre, Jonas (Jonas Bloquet) entretient une relation trouble avec Pierre (Jonathan Zaccaï), un ami de la famille qui a décidé de prendre en main son éducation scolaire, mais aussi sexuelle
Troublant est le premier mot qui vient à l’esprit pour qualifier le dernier film du Belge Joachim Lafosse, Élève libre, qui s’intéresse aux notions de transmission et de transgression. Le cinéaste plonge le spectateur dans une histoire qui, au premier abord semble bien ordinaire, mais qui prend peu à peu une tangente perverse.
Un adolescent de 16 ans, Jonas (Jonas Bloquet) vit un échec scolaire et pense alors pouvoir se tourner vers le tennis, sa passion, mais il échoue à la sélection nationale. Un ami de la famille, Pierre (Jonathan Zaccaï), lui offre alors de prendre en charge son éducation et de lui donner des cours de rattrapage privés. Mais avec un couple d’amis, Didier (Yannick Renier) et Nathalie (Claire Bodson), il entreprend de lui enseigner des choses qui dépassent le cadre scolaire.
Ce qui fait qu’on est à ce point dérangé par le film de Joachim Lafosse c’est que comme le personnage de Jonas, on s’attache à Pierre, Didier et Nathalie, qu’on trouve bien gentils de s’occuper du jeune garçon pendant que ses parents sont absents. Cependant, lorsqu’on découvre leurs intentions peu honorables, on se sent floué, comme Jonas. Un effet tout à fait voulu et calculé par le scénariste et réalisateur.
«Je savais en écrivant le film et en le réalisant que ça allait choquer, affirme Joachim Lafosse joint par téléphone. C’était l’intention. Je voulais faire sentir au spectateur que sa position peut être active, qu’il peut avoir envie de réagir ou être troublé par ce que qui se passe. Si les spectateurs me disaient “J’ai été indifférent ou je n’ai pas été dérangé du tout”, je pense que je n’aurais pas réussi mon coup.»
Derrière des portes closes
Outre le désir de provoquer des réactions, Joachim Lafosse, avec son quatrième long métrage, souhaitait aussi montrer des choses que le public ne veut pas nécessairement voir. «Par exemple, je voulais montrer qu’une victime qui a été abusée peut jouir dans l’abus, explique-t-il. C’est tabou, les gens ne veulent pas savoir que ça existe. Je voulais aussi présenter l’abus différemment de ce que l’on voit habituellement, avec son aspect très manichéen où il y a le grand méchant loup, et montrer qu’on est parfois consentant malgré soi. Je voulais aussi exposer le fait que, souvent, le lien pervers ne commence pas par le viol, mais par la séduction, par le langage et par la théorie. Les grands gourous, les grands manipulateurs sont avant tout des gens de langage.»
Mais par-dessus tout, le jeune réalisateur, qui a vu son film sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs au dernier Festival de Cannes, avait envie de transmettre aux adolescents l’importance des choix que l’on fait et des limites qu’on doit établir. Pour ce faire, Joachim Lafosse a dû exposer le jeune acteur Jonas Bloquet, qui en était à sa première expérience devant la caméra, à des scènes assez délicates.
«Il devait parfois simuler l’orgasme, mais je ne filmais pas son corps, je filmais son visage, souligne le cinéaste. C’est beaucoup plus choquant de cette façon pour le spectateur. J’utilise le hors champ, je ne montre rien de ce qui se passe. C’est suggéré. Ce qui est assez étonnant c’est que, finalement, le fait de ne pas montrer choque encore plus que la pornographie. Ça dit beaucoup de choses sur notre époque. C’est-à-dire que, ce qui est violent, ce n’est pas ce qu’on montre, c’est ce qu’on imagine.»
Élève libre
En salle dès aujourd’hui
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