Au moment de notre entrevue téléphonique, quelques milliers de kilomètres nous séparaient de Roberto Benigni. La distance ne semblait toutefois pas freiner l’enthousiasme du célèbre acteur et cinéaste. De retour dans son Italie natale après un bref séjour en Grèce, la star de La vie est belle s’exprimait avec un tel entrain qu’elle donnait l’impression d’être assise juste en face de nous.
Gageons que Benigni déploiera cette même fougue ce soir, lorsqu’il foulera les planches du Théâtre St-Denis. Le charismatique personnage y présentera Tutto Dante, un one man show dans lequel il revisite La divine comédie, l’œuvre monumentale du poète Dante Alighieri. Seul sur scène pendant plus d’une heure et demie, l’as de l’improvisation propose un voyage au cœur de la poésie, qu’il ponctue d’anecdotes personnelles, de réflexions et de commentaires caustiques sur l’actualité.
Entretien coloré avec un éternel enfant de 56 ans.
Comment expliquez-vous qu’un texte paru il y a plus de 700 ans attire les foules aujourd’hui?
Dante écrit dans l’éternel présent et s’adresse à tout le monde. Quand j’ai lu La divine comédie pour la première fois, j’ai senti que Dante me connaissait comme personne d’autre. Il me connaissait si bien que j’ai eu envie de l’appeler au téléphone et lui demander : «Est-ce que tu es libre demain pour prendre un café avec moi?»
La poésie de Dante n’est-elle pas trop abstraite pour monsieur et madame Tout-le-monde?
En donnant tous ces spectacles, j’ai remarqué une chose : encore aujourd’hui, on a besoin de parler de choses incompréhensibles, voire mystérieuses. C’est bon pour notre santé d’entendre parler de la vie, de l’amour, de la mort, de notre destin. On ne peut pas échapper à la divine comédie. Ce serait comme échapper à notre propre conscience. C’est pour ça peut-être que le spectacle a eu du succès, comme un concert rock.
Vous rappelez-vous la première fois où vous avez lu La divine comédie?
J’avais 10 ans. Dante est très populaire dans ma famille. C’est le seul poète que mes grands-parents connaissaient. Au début, Dante me faisait peur. J’allais me coucher et mamma mia! J’étais pétrifié!
Qu’avez-vous retenu de la lecture de La divine comédie?
Après avoir lu Dante, tu regardes les hommes comme les écrans d’un mystère, les dépositaires d’un destin immense. Tu regardes aussi les femmes d’une manière différente, parce que l’écriture de Dante est très charnelle. Ce n’est pas un prêtre! Dante, c’est la mer. Les autres poètes, ce sont des lacs. On peut vivre sans voir la mer, mais c’est mieux si tu l’as vue!
On connaît bien votre exubérance. On se rappelle entre autres votre explosion de joie à la cérémonie des Oscars de 1998, où vous aviez marché sur les bancs du Kodak Theatre avant de venir cueillir votre prix pour La vie est belle. L’âge a-t-il eu un impact sur votre petit côté pétulant?
Oui, et d’une manière positive, j’espère. Mais je tiens à garder mon esprit d’enfant. C’est d’ailleurs ce que font les poètes.
Comptez-vous retourner au cinéma après la tournée?
Oui! J’ai envie de faire quelque chose qui fait rire beaucoup, parce que pour moi, le plus beau cadeau du monde, c’est de faire rire.


