Donald Turp
De longues heures de travail au bureau de comté, des sessions parlementaires interminables à l’Assemblée nationale, des journées entières à recevoir les demandes des citoyens, beaucoup de déplacements : voilà le portrait, pas toujours rose, de la vie de député que Manuel Foglia trace son documentaire Chers électeurs.
Le réalisateur a suivi pendant quatre ans, de 2003 à 2007, deux députés : Daniel Turp, du Parti québécois, député de Mercier, et Charlotte L’Écuyer, du Parti libéral, députée de Pontiac. Il a voulu ainsi démystifier un travail parfois ingrat et selon lui pas toujours reconnu à sa juste valeur par la population.
Pourquoi ces deux députés en particulier et pas d’autres? Parce qu’ils ont remporté les élections du 14 avril 2003, et surtout, par hasard.
«Ça aurait pu être d’autres politiciens, et le film aurait été tout aussi intéressant, souligne Manuel Foglia. La qualité de ce film-là – je le dis avec modestie –, c’est que j’ai travaillé comme un éthologue, comme quelqu’un qui s’en va dans une tribu qu’il ne connaît pas et qu’il veut observer en suivant une démarche scientifique. Sans penser qu’il y a une objectivité totale, j’ai quand même pris plus de temps que les journalistes qui font des topos d’une minute trente. J’ai pris le temps d’observer, comme en cinéma animalier.»
Il n’a cependant pas fallu trop de temps à celui qui a participé à la Course destination monde pour s’apercevoir qu’il avait sous la main deux députés ayant à faire face à deux réalités différentes et ayant des caractères tout aussi dissemblables.
Juriste de formation et homme d’idées, Daniel Turp est député du comté qui le plus grand nombre de travailleurs culturels au prorata. De son côté, la plus pragmatique Charlotte L’Écuyer est députée d’un comté qui s’étend sur un vaste territoire et qui est aux prises avec la crise des forêts et du bois d’œuvre.
«Je n’ai pas mis en opposition ces personnages-là de façon délibérée, explique le cinéaste. Je n’avais pas choisi non plus de mettre un péquiste et un libéral. Au début, je voulais tourner juste avec Daniel Turp, mais j’avais peur qu’on m’accuse de parti pris, alors je suis allé chercher les libéraux. Chers électeur n’est pas un film partisan. Ce n’est pas là que se trouve le sujet de mon film; c’est probablement dans toute la question de la difficulté d’être en politique, alors que tout le monde leur lance la première pierre quand quelque chose ne va pas.»
Surprises
Ayant travaillé dans un ministère à la fin des années 1990 – c’est d’ailleurs devant le manque de reconnaissance de l’appareil politique que l’idée de faire son film germe dans son esprit – Manuel Foglia connaît un peu la profession. Par contre, il a fait plusieurs découvertes dans les coulisses de l’Assemblée nationale.
«Ce qui m’a surpris le plus en faisait mon film, c’est l’étonnante collaboration qu’ont les partis entre eux, confie celui qui présentait au début de l’année Paroles et liberté, un documentaire sur Pierre Bourgault. Étonnement, ces gens-là travaillent ensemble. La mauvaise impression qu’on a d’eux vient de la période de questions. On les voit se chicaner, mais ce n’est pas la majeure partie de leurs activités, qui est l’élaboration des lois et la protection des acquis et du principe de la démocratie.»
Le documentariste montre également dans son portrait qu’en plus de toutes leurs responsabilités, les députés ont une très mince marge de manœuvre.
«Ce qui est dur, c’est de voir que, comme députée au pouvoir, Charlotte n’en a pas de pouvoir, affirme celui qui voudrait avec son film remettre les préoccupations politiques à l’agenda des citoyens. Elle ne le dit pas dans le film, mais on le voit. Essayer de changer une chose au cours d’un mandat, c’est presque impossible. On peut bien chialer contre les députés, mais allez la faire, leur job! Le titre de travail du film était d’ailleurs Député, je ne veux pas faire cet emploi-là!»
Chers électeurs
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