«La langue française a fait son temps
Paraît qu’on n’arrête pas l’progrès
Que pour être vedette à présent
Il vaut mieux chanter en anglais
Pour être encore en haut d’l’affiche
Faudrait qu’je susure en angliche
Si j’veux coller à mon époque
Il me faut braire en amerloque…»
Ces mots tragicomiques, tirés d’une chanson prémonitoire qui date de 1980, me sont revenus quand j’ai appris la mort de leur auteur, Jean Ferrat. Ce même Ferrat dont je fredonnais encore des passages de C’est beau la vie, vendredi matin, en traversant un parc où les bourgeons s’impatientent déjà. La vie, l’amour, mais aussi les injustices de tout poil, voilà ce qui inspirait un des derniers grands de la chanson française. Les vers cités plus haut, d’une cinglante ironie, devraient faire réfléchir les nouveaux artistes hexagonaux adeptes de la langue de Michael Jackson. Ceux-là mêmes qui ont brait sans vergogne lors de la toute récente soirée des Victoires de la musique, à Paris. Au fait, que Ferrat passe l’arme à gauche (!) quelques jours après ce sinistre événement prend une valeur symbolique certaine qui n’a rien, hélas, pour nous rassurer quant à l’avenir de la chanson, voire de la langue française...
– Denis Desjardins, Montréal


