Un handicap n’est pas vécu par la personne avec des spécificités physiques à moins que l’environnement ne le lui fasse vivre.
Je vous écris pour vous faire part d’une très grande déception. Depuis que je suis enceinte, je me rends compte que cela me handicape dans les autobus et le métro que je dois prendre chaque jour.
En effet, bien que ma grossesse ne soit pas difficile, j’aimerais pleinement profiter des espaces réservés (ou des autres, puisque ces espaces ne sont pas toujours accessibles), surtout pour assurer ma sécurité en cas d’arrêts subits.
Je me suis rendu compte, et je l’ai aussi constaté en parlant avec d’autres mères et futures mères, que les passagers ne faisaient aucun cas de la priorité des places. Jusqu’à maintenant, je ne m’en doutais pas, cédant moi-même la place aux personnes qui en avaient besoin. Je pensais trouver chez les Montréalais la même amabilité. Autant vous dire que j’ai été amèrement déçue du comportement de la plupart des passagers (en fait, personne, jusqu’à maintenant, ne s’est levé pour me laisser la place.)
Jusqu’à maintenant, je ne considérais pas la grossesse ni la maternité comme un handicap, ce que je commence à sentir. J’en suis rendue à voyager hors de mes heures habituelles pour être certaine de pouvoir m’asseoir. J’ai la chance d’être étudiante et d’avoir cette flexibilité. Mais qu’en est-il des femmes qui ont un horaire régulier? Croyez-moi, les gens ne se lèvent pas plus pour leur faire place, même avec un ventre de 8 mois ou des enfants en bas âge.
C’est la première fois, depuis que je pense avoir des enfants, que j’envisage l’achat d’une voiture. Cela heurte mes valeurs, mais ça serait plus agréable que de devoir entrer en conflit permanent avec les autres passagers pour réclamer la place qui m’est due.
– Anaïs Détolle, Montréal


