Les images du cataclysme qui nous arrivent de Port-au-Prince commencent à disparaître petit à petit de nos écrans de télévision.
À quelques jours du coup d’envoi de la plus grande compétition sportive hivernale, le drame haïtien ne préoccupe guère les médias. On peut imaginer déjà
l’intérêt que suscitera le dénuement indicible de ce peuple une fois les jeux de Vancouver commencés.
Même son de cloche dans l’opinion publique montréalaise, où on sent une certaine lassitude. Pourtant, cette même population s’est montrée des plus généreuses au lendemain du drame, ce qui lui a d’ailleurs valu les éloges de Bill Clinton.
Cette réalité lugubre confirme, pour paraphraser Albert Camus, que même si la charité n’est pas un sentiment inutile, ses résultats dans le cas d’Haïti et dans le cas de beaucoup d’autres pays africains le sont malheureusement.
Des centaines de millions de dollars ont été dépensés depuis des dizaines d’années, mais ces millions sont improductifs, à cause notamment du climat politique et social délétère qui règne dans ces pays.
La catastrophe naturelle du 12 janvier dernier a montré au grand jour les conséquences néfastes d’une dictature militaire et d’une élite corrompue sur une population réduite à la mendicité et à la victimisation. Sinon, comment expliquer l’appréciation du niveau de vie des Dominicains, dans l’autre partie de cette même île des Caraïbes, depuis le début du processus de démocratisation du pays durant les années 1990?
Aujourd’hui, Haïti a non seulement besoin d’une autre attention éphémère par l’adaptation de la chanson de Michel Jackson We are the World avant de demeurer par la suite dans la charité éternelle, mais se trouve aussi devant une nécessité, celle de la construction de véritables institutions. Cela permettra à ce pays de passer d’une «économie de bienfaisance» – basée sur l’aide internationale pour couvrir des besoins d’urgence – à une situation caractéristique d’une économie fiable et compétitive. L’implication de l’ensemble de la société haïtienne est exigée en conséquence.
Syphax Dehilès, Montréal


