Comme si la grisaille de janvier avait le pouvoir de nous faire prendre conscience que nous ne sommes pas heureux, le journal Métro remet encore cette année le sujet à l’honneur.
La frénésie de Noël et du «boxing-month» est maintenant terminée. Nous nous sommes procuré les bebelles que nous croyions capables de nous rendre heureux, et nous voilà face à nous-mêmes, un peu déçus de voir qu’encore une fois nous nous sommes laissé duper.
Questions : Trouvons-nous le bonheur ou sommes-nous trouvés par lui? Y a-t-il quelque chose que «je» peux faire pour le trouver et le garder définitivement?
Pour la plupart d’entre nous, intuitivement, la myriade d’expériences que nous avons vécues nous a amenés au triste constat que notre quête est illusoire et que le «lot» de l’être humain semble être celui de vivre une permanente insatisfaction. Quel cynisme, direz-vous!
À la suite d’un découragement ou d’une de ces déceptions dont se charge inévitablement de nous accabler la vie, presque libérés, nous déclarons parfois : «À quoi bon tout ça, toute cette lutte, toute cette vie?» Ah, enfin de belles questions! Enfin un peu de recul pour voir que le problème réside peut-être justement dans cette course, dans cet acharnement à vouloir un bonheur qui ait une forme, un nom (amour, succès, reconnaissance, santé, maison, enfants, etc.). Mais aussi, quel immense vertige nous saisit si on ose regarder soigneusement ces questions! Une sourde menace plane. Et si «j»’étais à l’origine du «problème»? Quel inconfort!
Alors, on retourne travailler, on ouvre le téléviseur, on prend des comprimés ou on escalade l’Everest. On oublie mais l’insatisfaction demeure. On fait de ces trop pertinentes questions des tabous rangés au plus profond de nos mémoires et on attend la prochaine crise. On retourne s’étourdir dans le monde des expériences pour essayer encore d’ignorer que depuis toujours le bonheur nous a trouvés, qu’il n’y a rien que «je» puisse faire sinon m’ouvrir à cela.
Louis Fugère, Montréal


