Je veux d’abord vous féliciter, Guy Laliberté, pour le succès extraordinaire qu’a connu Le Cirque du Soleil depuis 25 ans. Vous avez sans doute un leadership exceptionnel. Félicitations aussi pour la Fondation One Drop/ Goutte de Vie. Avoir versé 100 M$ dans un tel projet, c’est franchement admirable.
Toutefois, dans votre lettre au Devoir du 20 et 21 juin, vous traitez de façon méprisante ceux que vous qualifiez de défaitistes, de sceptiques et de maringouins, soit des gens qui, comme moi, tentent de promouvoir un autre mode de vie et de progrès et qui le font savoir. En effet, les simplicitaires ne veulent pas, comme vous le prétendez, freiner les rêves, ni rester comme nous sommes, ni niveler les ambitions par le bas encore moins encourager la médiocrité.
Nous croyons plutôt qu’il est absolument nécessaire aujourd’hui de bâtir des rêves et d’envisager notre développement en tenant compte du contexte de notre époque. Ainsi, bien que nos projets de vie et de société doivent s’élaborer en considérant les aspects sociaux et économiques, ceux-ci doivent de plus en plus tenir compte sérieusement de l’environnement.
Nous devons de plus en plus avoir des projets et des rêves qui exigent le moins possible de ressources et d’énergie, puis qui provoquent le moins possible de pollution. Par exemple, les déplacements en avion sont parmi les plus polluants et qui exigent le plus d’énergie parmi les façons de se déplacer. Dans le même ordre d’idées, le voyage que vous préparez dans l’espace est de loin plus polluant et gaspilleur d’énergie que l’avion. C’est, de plus, encourager les débuts d’une nouvelle activité, soit «le tourisme spatial», qui n’a aucun sens social, sur les plans économique et environnemental.
Il a été rapporté que votre voyage dans l’espace vous coûtera entre 30 et 40 M$. Peut-être est-ce là peu par rapport à votre fortune, mais je crois que cet argent pourrait être mieux dépensé. D’ailleurs, que notre système permette que des personnes possèdent plus d’un milliard comme vous, je trouve cela abusif et contraire à ce que je considère comme une justice sociale élémentaire.
J’admire certaines de vos valeurs. Toutefois, il ne faut plus croire au rêve américain, à savoir que tout est possible à force de travail et de bonne volonté. Nous devons plutôt apprendre à nos enfants à vivre matériellement plus modestement que nous. On aurait avantage aussi à leur montrer que le véritable accomplissement dans la vie passe par une vie relationnelle, intérieure et spirituelle riche et harmonieuse. Tout comme vous, je veux changer le monde, mais à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur.
– Pascal Grenier, simplicitaire