Lundi, le ministre Sam Hamad consultera des dizaines d’organismes au sujet d’un plan de lutte contre la pauvreté. Ce plan s’inscrit dans une longue suite de réformes gouvernementales qui n’ont jamais permis aux citoyennes et citoyens les plus mal pris d’atteindre un niveau de vie décent. En 1988, Pierre Paradis et le gouvernement libéral lançaient une réforme de la Sécurité du revenu mettant fin au droit à un revenu décent (un acquis important de la Révolution tranquille) par un régime s’inspirant du «workfare».
Nous l’avons combattu avec la plus grande énergie. En 1997, Louise Harel, alors ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale dans le gouvernement péquiste, récidivait avec une réforme dénoncée par des centaines de mouvements sociaux. Au même moment, le gouvernement amputait de 400 millions le budget de la Sécurité du revenu.
Le plan Hamad n’est pas différent. Son document de consultation se refuse à opérer le virage nécessaire pour éliminer la pauvreté au Québec. Mission impossible? Pas du tout, puisque le Québec dispose des ressources nécessaires pour faire vivre décemment tout son monde. Cela exige simplement de réformer la fiscalité pour que les entreprises et les contribuables aux revenus élevés partagent leur richesse avec la majorité.
Le ministre Hamad connaît les propositions des mouvements de lutte contre la pauvreté au Québec : un salaire minimum permettant de sortir de la pauvreté, une réforme des lois du travail pour contrer la précarité des emplois, une hausse des prestations à la Sécurité du revenu permettant d’atteindre la mesure du panier de consommation, un vaste chantier de logements sociaux, un système d’éducation qui instruit et diplôme tous les enfants, des services publics, accessibles partout, une hausse substantielle du supplément au revenu des personnes âgées. M. Hamad a-t-il déjà oublié les recommandations de son propre Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale?
Aucune amélioration des revenus des personnes pauvres n’est proposée. Les personnes seules à l’aide sociale ont vu leurs maigres revenus diminuer de 7 % entre 2003 et 2008. Beaucoup d’aînés, surtout des femmes, vivent dans le dénuement : le ministre leur suggère de demeurer au travail plus longtemps! Les personnes pauvres sont souvent malades : le ministre leur propose de développer de saines habitudes alimentaires. Vous avez déjà essayé de manger bio avec un revenu de 600 $ par mois? Décidément, cette énième réforme est mal partie!
Depuis 20 ans, des milliers de Québécoises et de Québécois se sont mobilisés contre la pauvreté. Nous avons été de ceux-là et nous poursuivons notre action au sein d’un parti politique qui propose de remplacer la charité institutionnalisée par des politiques publiques résolues de lutte contre la pauvreté et l’exclusion fondées sur le respect des droits économiques, sociaux et culturels. Le Québec peut et doit agir avec audace et fermeté. Il y a urgence!
Françoise David, porte-parole de Québec solidaire, Jean-Yves Desgagnés, candidat dans Jean-Lesage pour QS et ex-coordonnateur du Front commun des personnes assistées sociales du Québec
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