Elle incarne parfaitement le genre de personnage qui attire les regards de notre époque. L’histoire de Cendrillon, mais sans le prince qui arrive à la fin. Avec les douze coups qui ne manquent pas de retentir à minuit pour lui rappeler que son carrosse doré n’est en fait qu’une énorme citrouille à l’allure défraîchie.
Susan Boyle aura servi de pâture aux voraces médias anglais. Elle aura servi de divertissement passager, de discussion de coin de table. Je ne sais pas exactement ce qui aura fasciné autant de gens à propos de cette femme. Est-ce une part de pitié, de compassion? Ou simplement le fantasme un peu obscène d’assister au bouleversement total de l’existence de cette femme, qui n’a eu que très peu pour elle dans la vie?
Certains moments passés à «l’Académie» resteront gravés dans ma mémoire comme des petits films rangés dans des tiroirs. Un après-midi, Claude Léveillé, venu nous rendre visite s’assoit au bout d’un grand piano à queue pour nous jouer Le cheval blanc. Au bout d’un moment, M. Léveillé s’arrête et profite du grand silence qui habite la salle pour nous dire, avec toute la lucidité du monde dans le cœur et dans les yeux, que le métier de chanteur est une grande loterie. Il ajoute qu’il espère que ce genre de concours télévisé ne poussera pas certaines personnes à aller trop loin devant l’échec.
L’échec. Qu’est-ce que l’échec, d’abord? Ou le succès? Ces deux concepts ne prennent-ils pas racine dans le cœur même de chaque individu, plus que dans le regard des autres? Je repense souvent à ce moment passé avec M. Léveillé, à cette discussion inachevée.
J’ai le sentiment que le métier de chanteur comme l’ont vécu les Félix Leclerc ou Charles Aznavour est en voie de disparition. Je ne sais pas ce qui arrivera à Susan Boyle. Peut-être de bonnes choses, au fond. Mais, pour ma part, malgré tout le bien et le mal que, personnellement, ce concours m’aura apportés, je ne peux pas m’empêcher d’espérer qu’un nouveau créateur remplace la télé-réalité par une nouvelle idée géniale. Pourquoi pas un concept de développement durable de la musique? Ça existerait, ça?



