Les professeurs de l’UQAM ne sont-ils finalement que de vulgaires oiseaux de basse-cour? Depuis quelques semaines, nous entendons de drôles de sifflements dans le périmètre de l’UQAM. Que signifient donc ces cacardements intempestifs qui empêchent le bon peuple de dormir? Pour comprendre un peu mieux la symbolique de la situation, je profite de votre attention pour vous raconter une petite histoire qui s’est déroulée il y a près de 2 400 ans dans l’antiquité romaine.
Longuement assiégés par les barbares, les Romains furent obligés de se réfugier dans le Capitole. Une nuit, profitant du sommeil des Romains, les assaillants tentèrent de s’introduire dans la forteresse. Ils ne se sauvèrent cette fois-là que parce que l’alerte fut donnée par la criaillerie des oies.
Les professeurs de l’UQAM ont déjà sonné l’alarme à plusieurs reprises à leur modeste niveau : que ce soit pour le désastre de l’îlot Voyageur ou encore pour le sous-financement chronique du système universitaire. Cette année, l’UQAM fête son 40e anniversaire. Quarante ans d’une création visionnaire pour aider le peuple québécois à améliorer sa condition et à occuper dignement sa place parmi les pays qui comptent.
Ce trésor populaire est aujourd’hui bradé. C’est la mise en panne de l’ascenseur social qui s’organise. L’UQAM n’est que la première étape dans la reconfiguration de la production des savoirs et de l’éducation. Valorisant avant tout l’économique et le technique tout en méprisant le social, c’est un modèle de société qui se renforce.
Les professeurs de l’UQAM ne sont pas entendus. Ils se déplacent donc dans la Cité pour continuer de donner l’alerte et réveiller le peuple et ses représentants. Ce sont de véritables oies d’un Capitole contemporain, et nous pouvons nous interroger sur le sort qui leur sera réservé. Va-t-on continuer de les plumer avant de les sacrifier sur l’autel d’une société purement économique? Où va-t-on enfin les prendre au sérieux?
Benoit Cordelier, professeur à l’UQAM